De M. Lefebvre d Acy à M. Vanlerberghe
(Arch. nat., W. 25, doss. 1453.)
Paris, le 9 janvier 1792.
Monsieur..., nous verrons d'ici au mois de mars ce que deviendront les affaires et ce que vaudront les écus en échange d'assignats. Je pense qu'il n'y a pas de risques à les laisser dormir et qu'ils porteront bien l'intérêt qu'ils coûtent, étant gardés en caisse. Au surplus, j'en disposerai en temps et ainsi que vous me le prescrirez.
On a chassé du perron du Palais-Royal tous les marchands d'argent qui en obstruoient le passage, et ils se rassemblent maintenant place des Victoires et rues adjacentes ^ Le tripot et l'agiotage vont toujours leur train, quoique plusieurs agens de change, courtiers et autres particuliers aient été bâtonné.s d'importance à la Bourse, la semaine dernière.
Nos Brissoteurs, comme vous dites fort bien, auront beau faire, ils ne se tireront jamais du mauvais pas oîi ils sont enferrés, et il y a tout lieu de croire que l'Empereur leur donnera du fil à retordre et par-dessus tout les étrivières qu'ils auront bien méritées. Je ne pense pas qu'un tas de gueux et de scélérats, qui n'ont ni moyens ni crédit, ni bonne foi, ni honneur, puissent réussir à faire échouer des dispositions concertées par des puissances qui connaissent les droits des sociétés,
1. « Les effets publics abondaient bier à la Bourse, écrit le 6 janvior 1792, l'auteur de la Correspondance secrète. Les agents de cbange n'avaient jamais eu entre les mains tant do papiers nationaux. On y vit le projet manifeste de faire baisser les effets, qui ont effectivement baissé de 10 p. 100. Celte manœuvre tendant à exciter la sédition a eu sa récompense. Une sréle de coups de canne a timibé sur les épaules des courtiers. La Garde est arrivée, a fait évacuer le terrain, après que le procès-verbal eût été dressé ». (Correspondance secrète publiée par M. de Lescure, t. Il, p. 572.)
etne confondent pas l'impudence, le crime, la licence et l'anarchie avec la liberté...
J'ai l'honneur...
Lefebvred'Acy.
2 — Du même au même.
{Ibid.)
Paris, le 13 janvier 1792.
Monsieur..., si je reçois payement du sieur Gosse, je vous en donnerai avis ; mais je ne le crois pas très pressé de se libérer. 11 faut convenir aussi que le trésor national commence à mettre autant de lenteur et de difficultés qu'il le peut pour éloigner les parties prenantes. La pénurie d'assignats ne tardera pas à se faire sentir, et je doute que, faute de cet aliment, avec lequel on a entretenu jusqu'à ce moment la sainte Constitution, elle puisse subsister plus longtemps. Grâce aux savans et aux beaux esprits, cette chimère et ce rêve philosophique aura fait à ce malheureux pays tout le mal possible. Et encore, malgré l'évidence la plus complète, voit-on beaucoup de gens qui s'enthousiasment pour cette Dulcinée, comme si c'étoitla merveille du monde, tandis qu'il est clair comme le jour qu'elle n"a, jusqu'à ce moment, produit que ruine et désordres, et fait autant de mécontens que de malheureux.
Il seroit bien temps que le dénouement arrivât enfin. Il y a lieu de croire cependant qu'au printemps il se décidera quelque chose. Il faut se résigner et souffrir jusqu'à ce que les choses changent et redeviennent sur im meilleur pied...
.l'ai l'honneur...
Lefeuvre d'Acy.