‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 434 sur 553 · Du iuètnc au même · texte numérisé non relu

Du iuètnc au même

(Ibid.)

Paris, le 10 octobre 1792.

Monsieur , je vous confirme la banqueroute de la maison dite de secours, qui a inondé Paris et les environs à vingt lieues à la ronde de ses billets. On a craint sans doute de la rumeur et on vient de proclamer qu'ils seront tous remboursés. L'Assemblée législative avoit déjà décrété 3 millions pour cet objet qui en consommera peut-être le doublet 11 faut avouer que les financiers de la Révolution sont bien maladroits de dilapider ainsi la fortune publique, et de l'appliquer au remboursement frauduleux de papier émis par des escrocs qui emportent notre argent chez l'étranger, et de n'avoir pas

1. La Caisse dite do la maison de secours, dirigée par un certain François Guillaume, ctail une des nombreuses Caisses patriotiques crèches au moment de la Révolution. « Ses billets circulant principalement dans la classe des citoyens iudigens », la municipalité avait, dans un but luimanitaire, versé des Tonds à l'enireprise. Mais déjà, au mois de mars 1792, les affaires de la Caisse périclitaient, et les 7 millions de billets qu'elle avait émis dépassaient si cousidérabiement son capital, que l'Assemblée législative avait été obligée d'avancer à la municipalité une somme de 3 millions, sous réserve que cette somme serait employée au service de la Caisse de secours (Décret du 30 mars).

En dépit de ce subside inattendu, la situation alla toujours en s'aegravant, et en octobre la Caisse déposait son bilan. La responsabilité de la municipalité se trouvait très engagée dans ce désastre. Pétion, maire de Paris, la justifia tant bien que mal, en disant que des ordres avaient été donnés pour f(u"on brisùt les planches des billets, afin d'en empêcher l'émission indéfinie, mais que des contrefacteurs eu avaient fait fabriquer d'autres. L'Assemblée feignit de se rendre à ces raisons et de nouveau accorda (pielques fonds à la municipalitépour les premiers remboursoments de billets (Décret du 12 octobre).

prévenu dans le principe de semblables abus. Que n'auroit-on pas dit, si pareille chose fût arrivée dans lancien régime ! Et peut-on raisonnablement blâmer les gens de bon sens, qui improuvent les opérations premières de ceux qui ont fait et continué la Révolution pour ruiner entièrement la France, en enrichissant un tas de scélérats et de brigands? Et encore, sous peine d'être égorgé, faut-il trouver tout cela bon et bien, et dire que cela peut aller ainsi ! L'ancien despotisme permettoit qu'on s'expliquât; sous celui-ci, il faut se taire et paroître content.

Je suis sincèrement

Lefebvre d'Acy.

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