‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 435 sur 553 · Du même cm même · texte numérisé non relu

Du même cm même

{Ibid.)

Paris, le 24 octobre 1792.

Monsieur, le change ne varie pas. Je ne sais ce que cela

veut dire. Croiroit-on à la continuation de nos succès et à nos ressources pour le rétablissement des finances et les moyens de faire la guerre, si elle doit se continuer la campagne prochaine et peut-être au delà ; ou bien compte-t-on sur l'intrigue et la mésintelligence entre nos ennemis qui, tant secrets qu'ouverts, ne laissent pas d'être nombreux ?

On a rendu hier un décret qui proscrit sans retour les émigrés'. Combien de familles vont être réduites au désespoir et à la misère ! Il eût été juste, ce me semble, de ne pas ranger dans le même rôle tous les émigrés. Combien de gens honnêtes n'ont quitté la France que pour fuir un pays où régnoit le trouble, le désordre et l'anarchie, et où il y avoit des risques à courir pour tout ce qui avoit été ci-devant ou noble, ou magistrat, ou financier, ou enfin grand propriétaire, et qui n'ont jamais eu l'idée de porter les armes contre leur patrie, ni de lui nuire soit directement ou indirectement. J'excuse l'erreur et même la peur, et il y a dans tout ceci tant de torts de part et d'autre que le mieux eût été de les oublier réciproquement et de se rapprocher cordialement et fralornellcmcnt. La loi me semble bien rigoureuse à l'égard dun très grand nombre. 11 est vrai que c'est le moyen le plus sûr pour s'em-

I. Le 23 octobre, la Convention d(''ci'ét;i que les émigrés seraient bannis à perpélnité do territoire de la République et que ceux qui au mépris de la loi y rentreraient seraient punis de mort.

parer de leurs biens et en disposer. C'est le même principe qui

détermine la déportation des prêtres

J'ai l'honneur

Lefebvre d'Acy.

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