‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 452 sur 553 · LE MARQUIS DE ROME A M. DE SALABERRY · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE ROME A M. DE SALABERRY

aient seules à ce moment enlevé au marquis de Rome les illusions qu'il avait pu avoir sur le nouveau gouvernement. A lui, comme à tant d'autres gentilshommes, les mœurs publiques qui s'élablissaient, les principes qui triomphaient commençaient à déplaire fort. On pourra en juger par les quelques lettres, que je publie ci-dessous et plus loin, et qui sont adressées à son cousin germain Gharles-Victoire-François de Salaberry, âgé de 62 ans en 1794, demeurant à Blois, et qui avait été, pendant trentequatre, président de la Chambre des comptes de cette ville.

Est-ce la découverte de cette correspondance dans les papiers de Salaberry qui décida de l'arrestation du marquis de Rome en juin 1793 *? Je ne le crois pas, car Salaberry semble avoir été incarcéré un mois seulement après son cousin. Mais c'était là toutefois une trop bonne prise pour ne pas être utilisée. On fit donc prendre une copie desdites lettres, jointe audossier de Rome, que l'on condamna pour les avoir écrites (15 novembre 1793) ', tandis que les originaux restaient au dossier de Salaberry que l'on guillotina pour les avoir reçues (l" avril 1794)*.

1 . — Du marquis de Rome à M. de Salaberry, ex-président de la Chambre des comptes, à Blois.

(Arch. nat., W 342, doss. 64.5, n» 7.)

Paris, ce mardi, [mars 1792].

Je n'ai qu'un moment, mon ami, pour te dire que j'ai reçu ta lettre. J'en vais faire usage dans cet après-midi que j'ai rendezvous avec M. F***, Rien de mieux que ce que tu as fait. Je t'en porterai la réponse lundi ou mardi, car je n'attends que la tienne à ma dernière pour me mettre en route, si je suis assez heureux pour être employé... Mais je suis assez malheureux pour craindre qu'il va sortir un décret pour empêcher les remplacemens dans les officiers généraux. Si je ne suis pas employé d'ici à huit jours, je suis sûr que cet événement me pend à l'oreille, car rien dans le monde ne me réussit.

Le nouveau roy de Hongrie a déclaré qu'il ne vouloit se mêler en rien de nos affaires. Celui de Prusse* est fort mal et a envoyé des ordres à ses troupes du pays de Clèves de se rapprocher de Magdebourg. Cela vise à la paix, et pour moi je voudrois seulement trois mois de guerre.

Il n'y en a pas beaucoup ici de paix. Les bonnets rouges troublent tout. Hier, un abbé se promenoit au Palais-Royal. Une escouade de ces bonnets veut le forcer de prendre un

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