‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 465 sur 553 · De N. à M. Thoynet · texte numérisé non relu

De N. à M. Thoynet

[jbid.)

Paris, le vendredi soir, 29 juin [1792].

Je reçois de vous, mon voisin, bien exactement trois lettres par semaine. C'est une consolation que vous voulez me donner, et je vous en remercie. J'ai sûrement plus de plaisir à lire vos lettres que vous n'en avez à me les écrire...

Vous aimez mieux croire à ma paresse qu'à mes affaires. Eh! bien, mon voisin, vous avez tort ; car, je vous assure que j'en avois pourtant une très grande le jour que je vous ai écrit si peu, et à laquelle je ne m'attendois pas.

M. de la Fayette est arrivé à Paris, il y a deux jours, et a demandé à paroître à l'Assemblée pour dire qu'il venoit, en son nom, en celui de l'armée qu'il a l'honneur de commander, et en celui de tous les honnêtes gens du royaume (voilà ses propres paroles), demander la poursuite des auteurs et instigateurs des événemens du 20 de ce mois, et qu'il demandoit vengeance des violences exercées sur le Corps législatif et sur le Roy, et de donner à l'armée l'assurance que la Constitution ne sera point attaquée au dedans, pendant que tant de braves gens la garantissent, au prix de leur sang, des attcinles des ennemis du dehors. 11 s'est fait quelque bruit; mais, en général,

M""^ TOCROLLE A M. THOYiSET 505

il a été fort applaudi et, comme il le dit, bien vu de tous les honnêtes gens.

Monsieur le président^ a répondu, au nom de l'Assemblée, qu'elle a juré de maintenir la Constitution, et qu'elle saura la défendre, et M. de la Fayette a été invité aux honneurs de la séance. La Garde nationale l'a reconduit chez lui, et il est reparti d hier.

Nous voilà donc encore une fois tranquilles à Paris. Je ne sais si cela durera bien longtemps, car il y a bien des gens qui veulent le contraire.

Adieu, mon voisin, je vous embrasse.

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