‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 466 sur 553 · De M""" TouroUe au même · texte numérisé non relu

De M""" TouroUe au même

[Ibid.)

D'AuteuiL 4 juillet 1792.

INIon cher papa, tu me donnes tous les jours de nouvelles marques de ta bonté. Je n'en suis point étonnée, car je sais combien de tout temps tu as aimé tes enfans, que tu as toujours tout fait pour eux.

J aurois bien profité avec empressement d'aller chez ma sœur. Elle a déjà eu la complaisance de me le proposer ; mais ma grossesse m'empêchera de pouvoir accepter ces offres. Sans cela, le plus sûr, je crois, seroit de quitter Paris. Loin de t'engager à revenir, mon cher papa, je t'exhorte bien à n'en rien faire. Tu ne doutes pas du désir que j'ai à te revoir ; mais cependant la certitude de savoir que tu es tranquille l'emporte sur tout, et je me féliciterai, s'il y a quelques dangers à courir, que tu ne sois pas avec nous. Je suis bien persuadée, et tout le monde le dit, que cela ne peut durer longtemps tel que cela est. Nous sommes au moment de la crise ; il faut absolument un changement quel qu'il soit. Jourdan est arrivé et loge chez Santerre. On va le voir quand on veut. On a promis 5 sols à tous ceux qui se trouveroient à la Fédération. Une quantité de personnes quittent Paris et se rendent à Rouen, le rendezvous des honnêtes gens. C'est la seule ville où il n'y a jamais eu de club des Jacobins. Je suis en ce moment-ci à Auteuil, "*

1. Le président Je l'Assemblée était ce jour-là Cécile-Stauislas-Xavier, comte de Girardin

ALEXANDRINE THOYNET A M. THOYNET

chez M""* Canteleux, pour huit jours ; j'y resterai jusqu'à lundi...

Adieu, mon cher papa; sois sur que personne au monde ne t'aime plus que moi.

Je suis avec respect, mon cher papa, ta très humble et très obéissante servante et fille.

Th. Tourolle.

5. — D' Alexandrine Thoynet à M. Thoynet, son père, à Montbrison.

[Ibid.)

[Paris], ce 28 juillet 1792.

Mon cher papa, je savois que ma sœur avoit eu la petite vérole ; aussi tu peux juger combien j'étois inquiète. Heureusement que je ne l'ai su que comme elle alloit si bien qu'elle avoit pu m'écrire. A présent, je suis enchantée quelle en soit débarrassée, car c'est un cahos de passé. Je me suis bien doutée que tu serois avec elle. Je connois trop ton amitié pour nous, pour avoir pu penser autrement.

Je suis étonnée que tu n'aies pas eu des nouvelles de la Fédération, car je t'ai écrit aussitôt le jour passé. Nous sommes toujours dans l'agitation. On s'occupe plus que jamais de la déchéance du Roy. On assure que les troupes du roy de Sardaigne* camperont à Lyon. Si cela étoit, je crois que tu ne serois pas en sûreté à iNIontbrison, car les brigands pourroient se servir de ce prétexte pour aller piller. Ainsi, je crois qu'il faudroit que tu reviennes auprès de tes cnfans. Cependant, il vaut mieux finir toutes tes affaires, alin que tu n'y retournes plus ; car, quand tu y vas, tu restes trop longtemps...

M. et M"^ Tourolle, ainsi que Zéphirine, te font bien des amitiés et t'assurent de leurs respects, ainsi que moi, mon cher papa, qui suis avec respect ta très humble et très obéissante servante et fille.

Alex. Thoynet.

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