‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 483 sur 553 · LE CHEVALIER DE MARNHAC A SON FRÈRE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE MARNHAC A SON FRÈRE

étoient à la porte, en regardant s'ils le verroient venir, vont au-devant de lui, en témoignant leur joie. Son conducteur jugea qu'il menoit un homme d'importance. M. le maréchal se nomma, lui donna un assignat de 200 livres, lui demanda ce qu'il faisoit. Il lui dit qu'il étoit un pauvre artisan et qu'il avoit une femme et des enfans. M. le maréchal lui dit de revenir chez lui le lendemain et qu'il le mettroit à même de vivre à son aise.

N'oilà comme vous voyez, Mademoiselle, une bonne action parmi tant de mauvaises, et qui a trouvé sa récompense. En voici encore une d'un autre genre. Un gentilhomme, qui étoit poursuivi dans le Château, pousse avec force, en se sauvant, une porte qui blessa une jeune personne qui, dans cet instant, se trouvoit derrière. Il lui lit des excuses, en disant qu'il étoit poursuivi par deux assassins. La demoiselle, par un coup de la Providence, se jette à genoux devant eux etleur dit leslarmes aux yeux : « Ah ! messieurs, c'est mon frère, ne le tuez pas ! » Ces paroles les désarmèrent et ils l'assurèrent qu'ils ne lui feroient point de mal. J'ai oublié le nom du gentilhomme ; je voudrois, s'il n'est pas marié, qu'il épousât la jeune personne à qui il doit la vie.

J'ai écrit hier à M. de Thianges '■ et je ne lui ai pas laissé ignorer, Mademoiselle, les sentimens que vous lui conservez et à M™^ de Thianges. Je lui ai dit aussi bien des choses de la part de M. et M""^ la duchesse de Crillon-Mahon... Tous les couvens sont dans la désolation d'être forcés de sortir sous peu de jours, si la miséricorde de Dieu ne les délivre des tyrans qui veulent s'emparer de toutes leurs possessions...

Je vous supplie, Mademoiselle, d'agréer toujours l'hommage de mon tendre et respectueux attachement.

Du checalier de Marnhac à son frère, à Aiimont.

(Arch. nat., W 45, doss. 3012.)

Paris, août 1792.

Je m'empresse à vous faire part de l'événement fâcheux qui a eu lieu à Paris le 10 de ce mois. Comme je suis persuadé

1. Amable-Gaspard de Tliianges. seigneur du Creuzel en Bourbonnais, colonel d'infanterie, chambellan du roi de Pologne, qui avait épousé M'" Bernard de Balainvilliers.

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