‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 486 sur 553 · M°*^ BAYARD A M. BATARD, SON FILS · texte numérisé non relu

M°*^ BAYARD A M. BATARD, SON FILS

notre maladie est bien dangereuse et peut devenir mortelle.

M™" Rivière a vu partir son mari avec bien du chagrin, et l'état de Paris ne l'a pas rassurée, tant s'en faut. Nous ne jouissons plus de la campagne; nos plaisirs sont empoisonnés par la réflexion que nos maîtres sont malheureux et qu'il n'y a point de termes à leurs malheurs. 11 est difficile de ne pas être découragés en voyant l'abîme où. nous sommes. Le temps se passe, et nos maux augmentent à chaque minute, à chaque seconde. Vous êtes plus heureux que moi, vous les voyez au moins, et leur courage vous en donne. Je ne me suis jamais sentie foible auprès d'eux; il semble qu'un rayon de la Divinité les entoure; on se sent mieux près d'eux, cela est certain, je l'ai bien éprouvé. Mais ce qui est encore vrai, c'est que vos lettres nous consolent. Quelquefois, nous les relisons. M™® Rivière y a grande confiance. Le petit imprimé que vous nous avez envoyé hier nous a fait plaisir. Ha ! si l'on pouvoit prendre un peu de confiance, l'espérance en résulteroit. Continuez, Monsieur Hue, à nous écrire; c'est une vraie marque de votre amitié pour nous. Quand vous recevrez cette lettre, nous saurons ce qui s'est passé à Paris ; jusque-là nous serons dans une terrible perplexité...

Adieu, Monsieur Hiie, je ne peux vous en dire davantage. Tant que je ne saurai pas ce qui s'est passé, ma plume se refuse à parler d'autre chose que des événemens que je crains. Comptez toujours sur notre amitié...

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