‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 487 sur 553 · De M'^" Bayard à M. Bayard, son fils, aux Tuileries · texte numérisé non relu

De M'^" Bayard à M. Bayard, son fils, aux Tuileries

(Ibid.)

[Montmorency, août 1792].

J'ai reçu, mon fils, hier, vos deux lettres qui ont diminué l'inquiétude dont nous étions tous tourmentés par la crainte que vous, votre père ou quelques proches parens ou amis n'eussiez été enveloppés dans une proscription déjà si étendue. La Providence, il est vrai, nous a épargné la vue de scènes dont le récit seul nous a fait dresser les cheveux de la tête ; mais il est difficile d'ajouter aux angoisses que nous ont fait éprouver les premières nouvelles qui nous sont parvenues. Ce jour fatal, à midi, nous avons entendu le canon, et avons eu tout le reste de la journée et la nuit suivante la vue de l'incendie que nous avons craint encore être beaucoup plus consi-

Ï,i0 U'^^ BAVAHD A M. BAYABD., SON FILS

(lérable. Depuis, la difliculté avec laquelle l'on sort de la capitale rend les nouvelles plus rares. Les détails que vous nous avez donnés [dans vos lettres], joints aux journaux qu'elles renfcnnoient, nous ont fait éprouver la seule espèce de jjlaisir dont les circonstances nous rendoicnt susceptibles. Continuez, je vous prie, à m'en faire passer le plus qu'il vous sera possible...

Je vous suis obligée des soins que vous avez pris de .mon logement, que vous faites très bien d'abandonner à la Providence dans les moraens les plus fâcheux. J'ai fait au besoin le fiacriûce de tout ce quil renferme, si les circonstances particulières ne permettent pas, dans le cas d'urgence, la translation de ce que contiennent les armoires fermées dans la chambre de la femme de chambre, du salon et de la garde-robe qu'au besoin vous ferez forcer et vider dans des malles, ou vaches et paniers que renferme le garde-meuble, que je vous autorise également à faire forcer si vous le croyez nécessaire, sachant qu'en pareille circonstance on fait toujours bien en faisant pour le mieux. Encouragez les domestiques à abandonner le plas tard possible la maison ; donnez-leur quelques bouteilles de vin; je vous ai laissé le moyen de vous en procurer.

Je vous plains de bien bon cœur et ne peux m'empècher de regretter de n'avoii\pas effectué notre premier plan de retraite, qui vous eût épargné des journées affreuses, à nous bien de l'inquiétude et [nous eût offert] un asile peut-être moins agréable, mais probablement plus sûr. Enlin votre p... ou plutôt croyons que la Providence ne l'a pas permis. Adorons et résignons-nous ! Aussitôt que les passages seront plus libres, profitez-en pour venir nous voir. Cela vous rafraîchira un peu la tête et nous fera à tous beaucoup de plaisir. Nous concerterons d'ailleurs ce que la prudence nous indique pour l'avenir, peutêtre peu éloigné. Recueillez à cet effet le plus d'avis de gens d'âge et voyant juste. Soyez de la plus grande circonspection et ne vous exposer pas imprudemment et inutilement.

Votre sœur est un peu indisposée. Quoique nous mangions bien moins qu'à l'ordinaire, nous digérons bien mal, dormons peu, passant une partie des nuits à discourir ensemble, nous inquiétant et nous remettant alternativement l'une l'autre. Jusqu'à présent tout est ici tranquille. On monte la garde et on patrouille la nuit.

Adieu, mon iils. Dieu permettra, je l'espère, que nous nous revoyons sains et saufs...

LETTRES DE M. DE LA VIGNE-OAMPIERRE A M. V... DE L- ABBÉ DE BOLOGNE AU MAROllS DE BOLOGNE; DE MM. DOUYVET DE LA BLINIÈRE, DE PARGADE, DE LASSA UX, DE MONTJUSTiN, DE PIERREPONî, DE MONTGOX A LEURS PARENTS ET AMIS.

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