‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 493 sur 553 · De l'abbé de Bologne au marquis de Bologne · texte numérisé non relu

De l'abbé de Bologne au marquis de Bologne

(Arch. nat., W 308, doss. 394. n» 20.)

[Bicêti-e, septembre 1792.]

En l'absence du chevalier ^ mon parent, voire nouvellisLe à Paris, je me permets de vous écrire ces deux lignes, premièrement pour savoir des nouvelles de votre santé, dont je suis fort inquiet par rapport aux circonstances actuelles, secondement pour vous informer, si toutefois vous n'en êtes déjà instruit, de quelques faits trop connus pour que je doive croire qu'ils ne parviendront jamais à votre connaissance et qu'ils pourront être envoyés au delà du fleuve d'oubli.

"N'ous saurez que, depuis le iîO juin au 10 août, Paris n'a jamais joui que dune ombre de tranquillité. Mais depuis cette

1. L'abbé Roch-Arabroise Cucurron, dil Sicard (1742-1822^, le C(^Icbre iiislitiilcur des sourds-muets a laissû uiie Relation historique sw les Journées des :i et 3 septembre, souvent réimpriiuée.

2. Voir sou discours dans les Archives parlementaires, l. XLIK, p. 343.

3. Mai'çuerile-EIic Guadet (1738 ITOi), dô|nité girondin à la Lpi;islalivo et à la Couveulion.

4. Jean-['rançois Delacroix, dil Lacroix (17j3-1704), membre de la Léjrislative et de la Convculion.

5. Il csl probablement fait allusion ici « ;i ladrcsse " que le l";' septembre Robespierre viol lire a la Coniniuiic. et qui était destinée a reniU'e compte aux 48 Sections de la conduite de la Couunune depuis le lu août (llamcl, histoire de Robespierre, t. Il, ]>. 30j-4uii).

G. Un certain Jeau-Ba])lisle Bologne, ci-devaiil sergent aux Gardes françaises, dit le cbcvalierde Bologne.

AU MAngns de bologxe 551

fatale époque, l'olivier, ce symbole de paix, a été totalement arraché du terrain de la capitale. La trahison des Suisses a tellement exalté les têtes qu'on ne peut se promettre quand on pourra se flatter de voir renaître le calme. Une nouvelle municipalité provisoire ', qui avoit éclipsé l'ancienne et qui s'étoit érigée en assemblée nationale, a animé pendant un moment les uns contre les autres les hommes de ces deux partis. Mais lorsqu'un décret rendu par les représentans de la Nation sembloit avoir fait tout rentrer dans l'ordre par la suspension des nouveaux législateurs-, tout à coup il se répand un bruit qu'on doit ouvrir toutes les prisons, pour faire d'un coté main-basse sur tous les gens sans-culottes de Paris, tandis que de l'autre les ennemis s'avançoient à grands pas pour venir couper les vivres de cette grande ville. La prise de Longwy^ commençant à jeter l'épouvante dans les esprits, les officiers municipaux montent à cheval pour rassurer le peuple ; et en même temps, pour parer aux craintes qu'on avoit d'un pillage, on prend la résolution d'égorger tous les prisonniers convaincus de crimes, ce qui fut fait ou commencé. Cette scène dura deux jours dans la capitale. Au nombre des morts, près de 200 prêtres réfractaires, par la perquisition qu'on en avoit faite les nuits des 29, 30 et 31 août et qu'on avoit enfermés soit aux Carmes déchaux et au Séminaire du Cardinal-Lemoine ', furent les victimes de leur obstination. Cette perquisition, qu'on aurait appelée en tout autre temps persécution, me fit faire rencontre de l'abbé de Navarre, qui fuyoit le martyre, et, malgré la différence d'opinion qui nous divisoit, je l'entraînai avec moi à Bicètre et je le sauvai par ce moyen de la poursuite de ses ennemis. Mais à peine deux jours se furent-ils écoulés dans ma demeure, que nous vîmes arriver une troupe d'environ 3.000 hommes couverts de toutes sortes d'armes. Le jour et la nuit de cette boucherie furent pour lui et pour moi des plus durs à soutenir par l'aspect le plus effrayant. L'économe de la maison', homme détestable et détesté, étrenna le premier et 200 prisonniers subirent le même sort. La supérieure, ex-béguine de l'Hôpital, pour des propos, tenus- inconsidérément, faillit perdre la vie. Un domestique- de.

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