C'était un nommé Béchet
5o2 M. POUYVET DE LA BLINIÈRE
plusieurs économes, accapareur de 1000 livres, fut dénoncé et amené a Paris pour être jugé. Enfin, après bien des recherches dans les caves et autres lieux, ils prirent, après trois jours de résidence^ le parti de s'éloigner pour le bon coup. Je me félicite d'avoir échappé à la bagarre ; plusieurs m'en firent compliment. J'ignore si je serai à l'avenir aussi heureux.
Dans l'expectative de ce moment fatal que j'attends, ainsi queMaynard^ sans le désirer nile craindre, j'ai l'honneur d'être avec respect et reconnaissance...
1. — De M. René-Nicolas-François Pouycet de la Blinière, officier au régiment de Cambrésis, à ses parents.
(Arcli. nal., F' 4427, n" 26 ; publiée en partie dans Mortimer-Ternaux, Eisloire de la Terreur, t. 111, p. 506-568.)
Étampes, le 6 septembre 1792.
Père et mère infortunés, vous aurez déjà versé bien des larmes quand cet écrit vous parviendra. Prévoyant les douleurs qu'il vous causera, je ne le destine à vous être présenté que lorsque les premières que vous aura causées ma triste fin seront passées. Mais le croyant indispensable pour la tranquillité de ma conscience, je me fais une indispensable nécessité de vous le faire parvenir.
Prêt à rendre compte à Dieu de mes actions, pourrois-je espérer qu'il me fit miséricorde, si je ne vous demandois un dernier pardon de mes torts envers vous, et si je ne vous [en] faisois l'aveu. Je me les reproche, comme je me reproche dans ce moment-ci les erreurs de ma vie. Je vous ai trompés, et vous ai causé des chagrins par mon inconduite. Elle a été telle que mon âme est oppressée par la douleur qu'elle me donne. Ce temps que j'ai passé loin de vous, et que j'ai donné à mes plaisirs, a produit la source de toutes mes peines. J'ai laissé enfin une malheureuse créature, fruit de mon commerce avec une fille, avec laquelle je vis depuis mon arrivée à Bayonne. Cette innocente perd un père qui d'avance vcrsoit des larmes sur son sort. Quoique sa mère, — faite pour s'immoler, afin de lui procurer une aisance par son travail, propre à la dédom-
1. Allusion à un vers bien connu de François Maynard (1582-1C45).