M. ANTOINE DE MONTGON A M™'' DUUAND DE LA ROQUE
les assurances du tendre attachement que j'ai pour vous. Dans la position où nous sommes, il faut mettre à profit le présent, car l'avenir est incertain. Que cette réflexion ne vous alarme pourtant pas ! Il est bien vrai que nous courons des risques ; mais notre escorte et leur commandant sont très résolus à nous en garantir autant qu'il dépendra d'eux. Nous sommes partis mardi d'Orléans, au nombre de 53 prisonniers, pour être transférés dans les prisons de Paris. L'Assemblée n'a pas approuvé ce voyage et a envoyé en conséquence une commission pour arrêter notre marche sur cette ville. On dit que nous n'y allons plus et que nous serons conduits à Versailles. Nous devons partir demain et nous arriverons à notre destination après-demain. Notre manière de voyager est peu agréable; mais notre raute de Perpignan nous avoit aguerris. Aussi nous nous trouvons moins malheureux que nos autres compagnons d'infortune, à qui cette manière d'être doit paroître bien pénible et assez étrange. Nous soupironstous après le moment de notre arrivée, parce qu'on nous fait espérer un prompt jugement. Vous savez que nous soupirons après depuisbien longtemps. II est affreux d'être privé delà liberté le plus grand des biens, lorsqu'on n'a aucun reproche à se faire, et que l'on est victime de la calomnie la plus noire et des circonstances malheureuses.
Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de toute la famille. Faites nos amitiés à vos enfans et recevez, mon oncle et vous, les assurances du tendre et inviolable attachement que vousont voué pour la vie les deux plus affectionnés de vos neveux. Je suis l'interprète des sentimens de mon frère ; je connois ses sentimens pour vous, et je ne risque rien d'être sa caution.
Ne nous oubliez pas l'un et l'autre auprès d'Alix.
IMONTGON
Attendez pour m'écrire que je vous donne de nouveau de mes nouvelles. Adieu.
12. — Dumêtne à M'^^^'' de Mont serr e, f aînée, chez M. de Vourquevaux^ à Toulouse.
[Ibid., u" o3.)
Étanipcri, le 7 septembre 1792.
L'intérêt que vous avez eu la bonté de j)rendre à nos malheurs me fait un devoir de vous instruire, Mademoiselle, de notre
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sort actuel. Je le remplis avec d'autant plus de plaisir que je ne sais quand je pourrai me livrer de nouveau à une occupation si agréable. Quel que soit notre sort à venir, croyez que nous ne perdrons qu'avec la vie le souvenir de toutes les marques d'amitié que nous avons reçues dans votre famille, et que l'attachement que nous vous avons voué particulièrement ne périra qu'avec nous.
Je crois vous avoir mandé dans ma dernière lettre qu'il étoit question de notre translation à Paris. Le bruit qui en couroit, et dont je vous faisois part, s'est-réalisé. Nous nous sommes mis en route mardi et sommes ici depuis hier. Les gardes nationaux nous escortent. L'Assemblée, n'approuvant pas notre voyage à Paris, a envoyé cinq commissaires qui ont changé notre destination. On dit que nous partons demain pour Versailles. Il me tarde bien d'arriver au terme de notre voyage quel qu'il soit, car nous faisons route d'une manière peu agréable. Ne m'écrivez pas que je ne vous donne de mes nouvelles, ou servez-vous de l'adresse que je vous ai donnée pour Orléans; on me fera parvenir vos lettres. J'ai été obligé de me séparer de ma petite chienne. Je suis destiné à laisser des chiens et des effets partout. Je ne l'ai cependant pas donnée; elle me vient de vous. Elle sera envoyée chez une de mes parentes, qui me la gardera jusqu'à ce que j'aille la reprendre chez elle. Je ne sais quand j'en aurai la liberté. On nous fait espérer que nous serons bientôt jugés; c'est tout ce que nous désirons.
Mes hommages à votre amie et à mademoiselle votre sœur. Quand vous écrirez dans votre famille, faites mention de nous. Adieu, Mademoiselle, croyez à l'inviolable et respectueux attachement que vous a voué pour la vie votre très humble et très affectionné serviteur.
MONTUON.
LETTRES DE M. DE KOLLY ET DE M. DE BEAUVOIR A M"» DE KOLLY ET A M""' RENAUD