François-Denis Tronchet (172G
LETTRE DE IW.-L -M. LE PELLETIER DE ROSAMBO A M ■' LE PELLETIER DE ROSAMBO
(13 MAHS 1793)
Notice. — Fornicnlation de la capitale. — Difficulté de sortir de Paris. — Arrestations. — Bruits d'un coup d'Etat contre le côté droit do la Convention, et de l'accession au trône du duc d Orléans. — Le Tribunal révolutionnaire. — Les fédérés.
La leltre ci-après doit avoir été écrite par Marie-Louise-Martine Le Pelletier de Rosambo, sœur de Louis Le Pelletier de Rosanibo, président au parlement de Paris, à la ,femme de ce dernier Marguerite-Thérèse de Lamoignon-Malesherbes. Je n'ai aucun renseignement sur cette courageuse femme qui était encore à Paris, seule, semble-t il, en 1793! Je sais simplement qu'elle était née en 1748, et j'ignore môme qui elle avait épousé. Quant à sa correspondante, elle était la mère de cette comtesse de Chateaubriand à laquelle la duchesse de Saulx-Tavannes écrivait de l'émigration les lettres charmantes que l'on a pu lire plus haut.
Lettre de M.-L.-M. Le Pelletier de Rommbo à M""" Le Pelletier de Rosambo, à Malesherbes.
(,Arch. nat., \Y 3ol, doss. 713, 4'' partie, n" 39.)
A Paris, ce 13 mars [1793J.
J'ai reçu hier au soir votre leltre, ma chère sœur, par laquelle vous m'engagez à aller vous rejoindre. Je désirerois que la chose fût possible; mais je crains bien de ne le pouvoir pas à cause dés passeports. D'après le regret que vous m'aviez témoigné de ne pouvoir m'engager à aller au mariage de Louise, je n'avois fait aucune démarche pour me mettre en règle, et aujourd'hui même pour les gens qui y sont, il est très diflicilc de sortir. Avant-hier, on ne délivroit pas de passeportsllier, on en a donné fort peu et à des négocians. La fermenta tion est très forte et très alarmante. Vous (hîvez en juger par les journaux. Les choses paroissent aux gens plus experts que
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moi comme elles éloient au mois d'août, et Ion craint sous peu de voir renouveler les mêmes horreurs que cet été. On arrête beaucoup de monde, émigrés ou autres, hommes et femmes. Quelqu'un, qui a été la nuit passée jusqu'à 4 heures du matin à la mairie pour sa belle-sœur qui y est retenue, m'a dit qu'il avoit cru reconnoitrc dans le nombre des femmes qui y sont M'"*' de Choiseul-Gouffier', et une autre dont j'ai oublié le nom. On craint fort qu'on ne ferme les barrières au moment du train. On dit que l'on veut faire un mauvais parti au côté droit de la Convention, ou que l'on veut la chasser tout entière pour en rappeler une autre. Le tout semble dirigé pour mettre l'Egalité sur le trône. Joignez à cela le nouveau tribunal, qui doit faire trembler tout le monde. Un homme de ma connoissance a entendu, il y a deux jours, un officier d'artillerie qui se plaignoit de ce que les recrues ne partoient pas ; et l'homme à qui il se plaignoit lui a répondu qu'elles ne partiroient pas que leur coup ne fût fait, et qu'alors, au lieu de 8.000 hommes de Paris, il en auroit trente.
Je vais cependant faire tout ce qui dépendra de moi pour partir, mais je crains que cela ne soit inutile...
Chargez-vous, je vous prie, de témoigner à votre mari, ainsi qu'à Monsieur votre père et à Mesdames vos tantes, tous mes regrets et ceux de ma fdle... et adieu, ma chère petite sœur...