‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 544 sur 553 · Lcnolre, le Marquis de la Rouerie, Paris, 1899. iu-S · texte numérisé non relu

Lcnolre, le Marquis de la Rouerie, Paris, 1899. iu-S

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nés à mourir la nuit prochaine pour un crime de conspiration, dont ni lui, ni moi n'avions pas la plus légère connoissance. Un acte d'humanité suivi d'une imprudence dictée par le malheureux L.... conduit nos têtes innocentes sur l'échafaud. Sans doute, mes chers enfans, que le divin Juge, qui nous attend, nous recevra dans ses bras paternels et permettra que nos juges, pour être absous eux-mêmes au tribunal éternel, se repentiront sincèrement de la condamnation qu'ils viennent de prononcer. Quant à moi, et je crois pouvoir dire votre digne père, nous leur pardonnons bien sincèrement de nous fournir une occasion sûre d arriver au ciel, notre patrie désirée. Sans cet événement, peut-être, qui est la gloire du martyre, mon peu de ferveur et mon attachement aux misères de ce bas monde m'en auroient fermé l'entrée. Ah! mes amis, que je serai donc heureuse dans quelques heures ! Il ne me reste quun regret, c'est de vous laisser ainsi que vos frères ^ dans la misère. ]\Iais consolez-vous par votre résignation. Le souverain dispensateur des biens et des maux adoucira vos chagrins ; les soins généreux de mon frère qu'il ma promis pour toute ma famille vous soutiendront contre l'adversité ; enfin votre soumission aux décrets éternels, avec une vie pure, édifiante et la pratique continuelle de l'amour de Dieu et du prochain, vous donnera l'espoir de nous revoir dans le séjour à jamais heureux.

N'accordez à la nature que les regrets dont elle ne peut absolument se défendre. Notre bonheur doit vous consoler. Dites à nos amis sincères tout ce que l'amitié a de plus tendre. Nos adieux à nos chers domestiques. Il sera dû trois années de gage à la Saint-Michel prochaine à ma femme de chambre la Tarlet". Je ne dois que l'année à tous les autres. Il n'est dû au jardinier François Perrin • que 75 livres qu'il m'avoit données à garder... Nous devons aussi à Joannin, marchand de Saint-Brieuc, 242 livres. C'est tout ce que je me rappelle devoir. La Tarlet n'a que 17 écus de gage, David" autant, la Jeunesse 25, Fanchon 13.

Je tinis, mes chères amies. Mon cœur et ma main sont glacés malgré moi. Je me repens de cette faiblesse, mais vous con-

1. Aniaury et Casimir de la Ginomaiais furcut acquill(''s par le Tribunal révolulioiiiiairc.

2. Malliuriii Micault de Mainvillc, lionime de loi à I.amballe.

H. Michelle Tarlet ijiii avait éljj mêlée à la conspiration de la Koucric.

4. Ce Perrin avait trahi ses maîtres et livré le secret de la mort dw marquis de la Houcric au >riâloau de la Giiyomarais (Lenolre, op. cit., p. 240). Il fut condamné à la déportation, puis evéculé un peu plus lard.

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