‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 58 sur 553 · M. de Barenliu. Voir plus haut, p. 12, n · texte numérisé non relu

M. de Barenliu. Voir plus haut, p. 12, n

2. Voir son discours dans les Archives parlementaires, t. VIII, p. 2-5.

o. Le discours de Necker est publié dans les Archives parlementaires, l. VIII, p. 5-^7. •

ce prince le renvoi de tout son ministère : M. Necker, banni hors de France, sur-le-champ remplacé par M. le baron de Breteuil ^ ; M. de Montmorin remplacé par M. de la Vauguyon^; M. de la Luzerne^ remplacé par M. de la Porte'*; M. de Puységur^ remplacé par M. le maréchal de Broglie*. A peine cette nouvelle est-elle parvenue à Paris que le soulèvement a été général. Les troupes ont voulu charger dans la place de Louis XV le régiment de Royal-Allemande Il a été chargé par les Gardes franc oises qui ont pris parti pour le peuple. 11 y a eu 22 hommes de tués*. Paris et les

1. Louis-Cliarles-Augusle Le Tonnelier, baron de Breleiiil (1730-1807), fut président du Conseil des linances du 1- au 16 juillet dans le ministère dit des Conl-hcures.

2. Paul-François de Quéleu de Stuer de Caussade, duc de La Vauguyon (1740-1828), ministre dos Affaires étrangères dans le même ministère.

3. César-IIenry, comte de la Luzerne (1737-1709) fut minisire de la Jlarinc d'octobre 1787 au 11 juillet 17S>J et le redevint du 16 juillet I7S9 au mois d'octobre 1790.

4. Aniauld de la Porte (1737-1792), intendant de la Marine à Brest en I77fi, intendant général de la Marine et des armées navales à la cour en 1781. inleudanl du commerce extérieur et maritime en 1783. 11 fut nommé, le 11 juillet 1789, ministre de la Marine, mai; il n'en exerça pas les fonctions, M. de la Luzerne ayant repris son portefeuille le 10 juillet. Intendant de la liste civile en 1790, il fut exécuté le 25 août 1792.

5. Louis-Pierre de Chastenct, comte de Puységur (1727-1807), lieutenant général des armées du Hoi, ministre de la Guerre de novembre 1788 au 12 juillet 1789.

fi. Victor-François, duc de Broglie (1718-1804) marécbal de France, ministre delà Guerre dans le ministère des Cent-lieures.

7. Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lanibesc, duc d'Elbeuf (17.Ï1-18251, grand écuyer de France, colonel du régiment Royal-Allemand.

8. Voici sur celte affaire des Tuileries, i|ui devait faire tiaduiro le prince de Lambesc devant la juridiction du Cliâtelet, une pièce que je crois inédite et qui est du plus liaul intérêt. Elle émane de P^-ançois-Henri-Cliarles. comte de Reinach. 1743-IS29, capitaine au régiment de Royal-Allemand, et est adressée aux membres du Comité des recherches.

Mémoire pour servi]' d'ins truc lion de l'affaire des Tuileries arrivée le 12 Juillet dernier 1789.

Messieurs, on lit dans une feuille périodique intitulée Extrait des r/azettes nalionales, n" 26, p. 407 et suivantes, imprimée à Sedan, que la commune de Paris a cliargé son procureur-syndic de dénoncer à ladite commune différents particuliers accusés du crime de Icse-nalion, notamment • M. le prince de Lambesc, accusé et prescpie convaincu d'être entré violeinmenl, le 12 juillet dernier, à la tête d'une troupe armée, dans les jardins des Tuileries, et d'y avoir assassiné \i;i citoyen qui s'y promcnoil i)aisiblement et sans armes.

Comme j'avois l'honneur d'être un des membres le plus essentiel de celle troupe, je croirois manquer à l'honneur qui m'a toujours guidé, si je ne réclaniois pas contre la fausscié de ce fait.

Le voici tel qu'il est arrivé, j'en jure par mon honneur, qui m'a toujours été cher. Je ne suis point un courtisan, je les ai même toujours méprisés, sans quoi je scrois plus que je ne suis dans mon état. Je n'ai jamais su faire ma cour qu'eu remplissant mes devoirs. Je u'ai besoin de rien ; ma petite fortune me suffit pour vivre avec honneur et droiture.

Fait.

Le dit jour, 12 juillet, à une heure moins un quart, il me fut ordonné de mouler à cheval, à la tête de 5lJ maîtres, pour me transporter à la hàtc à la Barrière blanche, où des mutin» se rassembloient pour y faire du désordre. J'y fus conduit par im commis de ladite barrière, t|ui marchoit (|uaranlc pas avant moi. Y étant arrivé avec toute la diligence nécessaire, j'ai trouvé un piquet des grenadiers des (janles françoises. Mêlant mis en possession du poste, lesdils grenadiers l'abandoimèrent. Je faisois face aux Percherons (du moins je crois qu'il s'appelle comme cela, je ne connois pas les quartiers). Je n'avois pas d'autres ordres (]ue d'empêcher le désordre. Je fus renforcé par un piquet du guet à cheval, (jui devoit me l'onduire où ma présence seroit nécessaire. J'ai resté à celte place jusque vers les 0 heures

A M. DK SAVIGNY S3

environs sont couverts de soldats, et nous au milieu du fer et des poisons, mais fermes, inébranlables et résolus mes amis et moi de périr ou de vous obtenir la liberté.

Paris est fort en colère ; on a forcé toutes les boutiques d'arquebusiers et de fourbisseurs, et il y a cent mille hommes en armes. On demande la tète de M. le garde des sceaux, et l'on l'obtiendra. Nous restons assemblés jour et nuit, et il a été décidé que l'Assemblée seroit toujours permanente jour et nuit

Ah ! mon cher Savigny, que de malheurs... Peut-être d'ici à

(lu soir. Il n"y a point d'injure, d invective, de proposition qui ne me fût faite, ainsi qu à ma troupe. Ma troupe ayant besoin d'être rafraicliie, j'ai demandé à être relevé. Je ne lardai pas a l'être par une pareille troupe, et leçus ordre d'aller prendre ce rafraicliissenient au manège des Tuileries, où j'ai resté une demi-heure au plus. A ma sortie de là, on m envoya me mettre sur la place Vendôme, où je n'ai resté qu'un quart d'heure. M. de Bœsenwald (.sic) me fil quitter cette place, pour me transporter aux jardins des Tuileries. Voici ce moment i|ue vous citez comme cruel et que vous dénoncez M. le prince de Lanibesc comme assassin. Je vous renouvelle mon serment, et vous le renouvellerai toutes et quanles fois qu'il en sera nécessaire.

Partant de la place Vendôme au trot, pour me rendre à la place de Louis X\ , par le chemin le plus court, ma troupe disposée niilitairemenl, j'arrivai dans celte allure au pont tournant des Tuileries, et sans me donner le temps de me mettre en bataille. .M. le baron de Bœsenwald ordonna à M. le prince de Lambesc que le délacliemeul cliargeât la populac dans lesdites Tuileries. Une femme d'en\ iron trente-cinq ans, ayant un ei.fant de six à sep ans à la main, effrayée vraisemblablement par la troupe, tomba sur ledit pont ; la troupe arrêta et on la releva sans mal. Si nous a\ious eu des oriires de mettre tout à feu et à sang, ou si nous avions été aussi acharnés, comme le disent dilTérentes feuilles publiques, aurionsnous eu égard à cet accident, puis(|ue dans une manoeuvre, non seulement devant 1 ennemi, mais pour notre simple iustruction, les rangs n'osent s'ouvrir pour un homme qui tombe sans distinction ?

Entré au jardin des Tuileries, après avoir franchi une barrière de chaises, je me suis mis en bataille, faisant face du côté de la Seine. Je fus moi-même à un pavillon à gauche ou hangar, où il y avoil environ 80 personnes de tout étal, cl leur dis de se séparer, que 1 on ne vouloil leur faire aucuu mal. On répondit à mon honnêlelé avec des pierres et différentes espèces de morceaux de bois (je ne parlerai pas des contusions que j'ai reçues, non plus que de celles do ma troupe), et depuis de dessus le paraiiet on me lira une dizaine de coups d'armes â feu. .\ ce moment, je fis disperser mes cavaliers en fourrageurs. et tirer quelques coups de pistolets en l'air, tel que l'ordre avoit été donné, en cas que le cas échoit, ne voulant que disperser raltroupemcnt. Le fait est qu'il n'y a pas eu un citoyen de tué. non plus que blessé. J'ai passé moi-même à la gauche du bassin près d'un banc où il y avoit environ 20 personnes assises, gens bien mis, pour y secourir un cavalier démonté. Je ne leur dis rien, ils en firent de même. Je poursuivis après un jeune homme qui m'inveclivoit, lequel j ai abandonné, s'étant jeté dans les allées. J'ai reformé ma troupe et sortis des jardins. C est à ce moment que ce ciloven, étant à l'angle du pont à gauche, voulant sortir, mes gens m'out dit depuis ciuil voùloit le fermer, c'est dans ce moment où est arrivé M. le prince de Lambesc, avec son aide de camp, et lui a donné nn coup de sabre sur la têle. mais ne 1 a point blessé. Voyant que ce prince se compromettoit avec cet homme, je me suis mis eiilre les deux. Cedit citoyen en est sorti sans perdre une goutte de sang. De là j ai fait sortir ma troupe, et me suis mis en bataille, tel que j'en avois reçu l'ordre, vis-à-vis un délachemeni de Royal-Cravate cavalerie, ma droite appuyant à la statue de Louis .W. où j ai reste jusque vers les 9 heures. Lue brigade d'infanterie étant arrivée avec deux canons, lesquels furent mis en batterie au pied de la statue, je représentai que je ne pouvois rester la, et on me donna ordre d'aller me mettre en l'ace de la rue qui vient de la place \eudôme, où j'ai resté quelque temps, et y fus rejoint par le détachement qui précédemment m avoit relevé aux Percherons. Le commandant me dit qu'ils avoienl été assaillis de coups de fusils par les Gardes françoises auprès de leur dépôt. 11 ignoroit encore le nombre d'hommes de tués, mais il lui en manquoit quatre : on n'eu avait vu qu'un rester sur la place. Je restai donc tranquille dans cette position environ une demi-heure. Je reçus un billet de M. le comte du Chàlelel. qui m'obligea, n'ayant point d'ordres de résister, de me retirer derrière la brigade d'infanterie, où j'ai resté encore ([uelque temps, et j'ai reçu ordre de me retirer au camp. Il ne s'est rien passé de plus ; c'est ce que je peux affirmer.

N. B. [Copie du billet de M. le cornle du Chàlelet]. « Je demande la grâce aux commandans de toute troupe à cheval qui sont sur la place de Louis XV de se retirer aux Champs-

quinze jours, il y aura deux millions de Français sous les

armes

Vale carissime.

SiLLERY.

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