‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 96 sur 553 · Ce fait est faux. Voir plus loin, p · texte numérisé non relu

Ce fait est faux. Voir plus loin, p

3. M. de Savonuières fut seul blessé. Il n'y eut pas de morts.

viande et la chandelle fussent diminués, ce que Sa Majesté a promis. Les femmes, en nombre de plus de 800, sont entrées à l'Assemblée nationale, où elles ont été très bien reçues sauf par le Clergé quelles ont hué et menacé.

Pendant ce temps, la troupe nationale de Paris est arrivée, en nombre d'environ 15.000 hommes, sous Versailles. Le Roy a envoyé au-devant de M. de la Fayette qui éloit à leur tête. M. d'Estaing a demandé au régiment de Flandre s'il étoit du parti de la Nation. Le régiment alors a retourné ses armes la crosse en haut et remis ses cartouches à la Garde nationale. Pendant ce temps, les dragons en détachement sont venus se joindre à M. de la Fayette. Les Gardes du corps retirés alors dans le Château se sont dispersés le plus vite qu'ils ont pu.

Le Pioy, après la réception faite à M. de la Fayette avec les plus grandes marques d'estime, a donné ses ordres pour le départ du régiment de Flandre et reconnu pour sa garde les milices nationales de Paris et de Versailles. Les postes de l'intérieur et du dehors ont été pris à l'instant. Les patrouilles ont été faites concurremment par les deux troupes.

La Roy a signé et sanctionné la Constitution et a signé en outre la déclaration des Droits de l'homme S a donné des ordres pour que les villes de Senlis ^i de Soissons puissent apporter des subsistances à Paris, et ordonné de même à toutes les municipalités du royaume d'escorter les convois. Ensuite on a fait prêter serment par les troupes et les deux gardes nationales, à la Nation, au Roy et à la loi et d'empêcher tout désordre à Versailles.

P.-S. — Le 6, 11 heures du soir. — Le Roy, la Reine et toute la famille royale, s'étant déterminés dans la nuit à venir s'établir au palais des Tuileries, sont arrivés le soir entre 7 et 8 heures dans le même carrosse, escortés par les 15.000 hommes de la milice nationale, le régiment de Flandre qui partira de Paris, et grand nombre de Gardes du corps rentrés en grâce, selon son désir, au moyen de la cocarde nationale arborée, les uns à pied avec des bonnets de grenadiers et les autres à cheval et sans bandoulières. Les restes de deux des tués avoient été promenés le matin au Palais-Royal et à la Grève. Leurs Majestés ont été six à sept heures en route, par attention pour l'escorte à pied à laquelle ils ont fait faire quinze ou vingt pauses. Complimentés aux barrières par

1. Plus eiaclement, le ri octobre, le Roi avait donne son « accession aux divers articles de la Constitution déjà décrétés ». [Arch. pari., l. IX, p. 343.)

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le maire, ils ont été à IHôtel de ville aux acclamations générales de : « Vivent la Nation, le Roy et la lleyne ! )) La ville étoit illuminée. Trente-six députés de l'Assemblée nationale les suivoient', et l'on dispose l'Ecole militaire pour y tenir désormais leurs séances. On compte les g-arder à Paris.

Tout s'est bien passé, et les fonds remontent déjà. Rien de plus étonnant, malgré l'escorte nombreuse, que la double haie de milice nationale en uniforme depuis les barrières à la Grève. La Reine surtout avoit l'air 'sensible et reconnoissant. Vous devez être content vous-même, mon cher ami, de l'étendue de ma relation, sur laquelle je vous souhaite avec mes hôtes mille bonsoirs et vais me coucher.

Mon fds, qui n'avoit point dormi depuis 36 heures, a bordé la haie toujours sur ses pattes depuis 3 heures jusqu'à 8, et s'en porte bien.

1"). — Du même au même.

[Ibid.)

Paris, 12 octobre 1789.

... On commence déjà, mon cher ami, à distiller quelques passeports de la ville, et les diligences paroissent circuler sans trop d'obstacles. Je me flatte donc que le 22 rien ne s'opposera au désir que j'ai de me mettre en route pour nous réunir le 24...

Le Roy et toute la Cour à Paris n'y ont pas absolument ramené le calme, malgré la police attentive et qui arrête chaque jour bien du monde, de ceux surtout qui marquent les maisons pour accroître l'inquiétude. Toute la milice nationale est sur pied jour et nuit, et garde le Roy concurremment avec les Gardes suisses et les Cent-Suisses. Les chefs de division, au nombre de six, remplacent chaque jour le capitaine des Gardes du corps et tiennent derrière le fauteuil du Roy la droite sur le premier gentilhomme de la chambre, car Sa Majesté a suspendu le service de ses Gardes du corps et leur a permis de s'absenter pour quelques mois, par crainte de voir leurs jours exposés dans cette bagarre. On croit qu'il y en a eu au moins 12 tués dans la rixe de Versailles -.

1. Voir la liste de ces députés dans les Archives parlementaires, séance du 6 octobre, l. IX, p. 350.

i. 11 n'y eut que deux Gardes du corps tués, M. des Huttes et M. de Varicourt.

Nous allâmes hier, le baron et moi, faire nos cours et aux dîners. Elles étoient nombreuses, et Leurs INIajestés traitoicnt bien tout le monde. Mais le Roy n'est pas encore sorti et a grand besoin d'exercice. On croit qu'il ira demain à la chasse, escorté par la garde parisienne à cheval, comme il l'étoit par les Gardes du corps. Il travaille avec la Ville aux subsistances et au rétablissement de l'ordre si difficile à remonter dans cette anarcliie. L'Assemblée nationale viendra dans huit jours tenir ses séances au Manège qu'on dispose à cet effet, et elle aura ses bureaux aux Jacobins et aux Feuillans de la rue Saint-IIonoré.

Mon fils a passé les deux dernières nuits en patrouilles et au corps de garde de son district. Il sera bientôt de guet chez le

L'évèque d'Autun a fait une motion pour vendre les biens du clergé, qu'il estime 2 milliards, et les appliquer au payement des dettes de l'Etat et au remboursement des offices de judicature'.

Deux cents membres des Etats généraux ont demandé des passeports pour partir, et les étrangers désertent Paris. Quelle plaie pour le royaume ! Puissent du moins les provinces être sages et calmes !...

Adieu, mon cher Bellejeant, que je brûle de rejoindre et d'embrasser.

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