Du même au comte J.-B. de Pestre, son frère, à Spa
(Ibid., p. 40-41.)
Paris, le 24 juillet 1789.
Il est des nouvelles qui répugnent tellement que plus on peut les différer, mieux c'est. On voudroit les écrire dans le premier moment, qu'il seroit impossible. On en est soi-même tellement affecté, qu'il faut plusieurs jours pour se remettre. De ce nombre sera toujours la triste lin que viennent de faire MM. Foullon et Bertier, intendant de Paris. Le premier a été conduit de six lieues de Paris, de Viry *, où il s'étoit réfugié, à la maison de ville. On la accusé d'avoir trempé dans un projet qui devoit mettre cette ville dans la dernière extrémité par la famine, le siège et le feu. Tous ses juges l'ont jugé innocent; ils sont sortis pour le déclarera la populace. M. de la Fayette a fait rimpossible pour le sauver. Le peuple vouloit du sang. Ils sont devenus avides de ce spectacle. Ils ont enfoncé la porte de THôtel de ville, et se sont emparés de leur victime. Après l'avoir rudement traité, il l'ont pendu à la place d'un réverbère, 1^ corde a cassé, il est tombé expirant. On lui a coupé la tète qui a été promenée sur une pique, et son corps traîné dans toutes les rues de Paris, avec une férocité qui a révolté les cœurs les plus endurcis. M. Bertier, arrêté par le peuple à Gompiègne, a été conduit en cabriolet, dont on avoit coupé le dessus pour qu'on pût le voir^. Il étoit déjà mutilé en arrivant à Paris.
1. Foalloa avait fait le 13 juillet enterrer sous soo nom un de ses domcsliques qui vcoail de mourir dans un de nés domaines et sVlail ensuite réfugié à Virv-(^liàliUoB. dans uq cbiteau appartenant à M. de Saiiiucs et près duquel il avait une lorre. Il fut reconnu par Ms paysans et amené à Paris le 12 juillet. Le bruit de sa mort avait bien couru à Paris et à Versailles, puisque le 18 juilltst l'auteur de la Correspondance secrète note : « M. Foulion est mort subitement d'une attaque d'apoplexie >». (Correspondance secrète publiée par M. de Lescure. t. II, p. 372.)
î. « Foullon, dit une note inédite de Moreau de Saint-Méry, fut pondu à la lanterne du coin de la place de Grève et de la rue de ia Tannerie, k 3 heures un quart, le 22 juillet 1789, «l M peuple, qui voulait faire subir le môme sort à son gendre Bertier, le massacra sous la tn^Bie lanterne, le même jour, à 9 heures précise» du soir ». (Archives du Minbtére des U>loiii«a, Collection HoreM do Sainl-Méry, V^, 140 bis, p. 54.)
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On Ta reçu à la porle avec le corps de son père * et sa tête qu'on lui a fait baiser. 11 est arrivé à la maison de ville, y est resté dix minutes, et quoiqu'on n'ait rien trouvé dans sa conduite qu'un intendant ne soit obligé de faire, comme il avoil dû livrer des poudres aux troupes du Roy, il a fallu l'abandonner au peuple. 11 croyoit qu'on le conduisoit à la prison de Tabbaye Saint-Germain. 11 a été dans l'instant haché de 600 coups de sabre. On a porté tous ses membres en triomphe ; son cœur a été offert à monsieur le maire de la ville à la pointe d'une épée *.
Il y a une nouvelle liste de 30 proscrits. La populace les cherche partout. Si elle les trouve, même sort les attend. Tout le monde est en danger. Sans procès, on pend à tous les coins de rue. On attend le retour de M. Necker. C'est la seule consolation des bons citoyens, qui dans les malheurs passés en voient d'infiniment plus grands fort prochains... Je vous souhaite des plaisirs vifs à Spa; ils sont bannis de ce royaume...
Adieu...
9. — Du même à M. de Doué y son beau-frère y intendant de Moulins.
{Ibid.,p. 41.)
Paris, le 25 juillet 1789.
Il règne ici un peu plus de calme aujourd'hui, mon cher ami. 11 paroît qu'on s'occupe à prévenir les nouvelles cruautés qui s'apprôtoient. On a inutilement cherché d'autres proscrits ; plusieurs sont, à ma connaissance, passés en Angleterre, tels que le duc de Luxembourg, M. d'Eprémesnil, d'autres à Spa.
Paris est consterné et indigné de ce que des scélérats ont fait dans son sein, sans qu'il ait été possible de leur opposer