Du même à M°** de Doué, sa sœur, à Moulins
(76irf., p. 56-57.)
ParisJcl3août 1789.
... Je suis charmé, ma chère amie, que vos provinces soient dans un état de tranquillité plus grande qu'ici. Les environs de Paris ont été ravagés par les chasseurs, ou plutôt les brigands de toute espèce. Ils chassoient par bandes de 200, et vous imagineriez difficilement les énormes abatis de gibier qu'on a fait pendant les trois premiers jours. On ne connoît ici aucun pouvoir, chacun fait ce qu'il lui plaît. On devoit rouer hier un homme qui a tué son père de dix-sept coups de couteau. Des brigands, ses semblables, font sauvé au moment deTexécution. Enftn, personne ne peut prévoir ce que tout cela deviendra; mais il faut être malheureux pour être né pendant ce siècle. Heureux sont les émigrans ! Plus heureux encore ceux qui n'existent pas et ne voient pas toutes les horreurs qui se passent tous les jours dans cette nouvelle Gomorrhe I
On a supprimé hier toutes les dîmes, honneurs et pouvoirs temporels ecclésiastiques après le décès des usufruitiers*. Tous les biens de l'hglise seront à la Nation ; les religieux seront supprimés; les évêques, curés, etc..., aux appointeraens. Cela n'est pas encore fait, mais il y a à parier que cette motion sera la plus forte.
M. de Mirabeau, dans ses discours contre les dîmes, a dit qu'il falloit salarier ces gens-là. 11 s'est élevé un murmure à ces mots. « Oui, messieurs, a-t-il repris, salarier ; car je ne connois que trois manières de vivre dans la société, et c'est d'y être mendiant, voleur ou salarié ! » A ces mois l'Assemblée générale a ri*.
Adieu, ma chère amie, embrassez votre mari pour moi.
t. Avanl-bier, aurait dû dire SeuefTe, car le décret fui rendu dans la séance du 11 août \Areh. pari., l. VIll, p. 397-398).
i. Séance du 10 août {ibid., p. 386).