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Du même au chevalier de Bernières, à Bruxelles

Paris, 28 octobre 1789.

Je suis bien sensible, mon cher Bemièrcs, à votre souvenir. Je ne sa vois où vous étiez résolu de passer l'hiver... Je désire que vous trouviez dans la ville de Bruxelles l'agrément que vous méritez d'avoir partout... Il ne faut cependant point se dissimuler que le moment où vous y allez n'est pas celui où la tranquillité, la paix et les plaisirs régnent. Les divisions intestines, qui agitent toute l'Europe, s'y font sentir ; l'autorité combattue ou attaquée produit la contrainte et s'oppose au bonheur des habitans.

Vous avez, dans tous les cas, bien pris votre moment pour quitter Paris. Cette ville est devenue une vaste prison : peu de société, l'entretien perpétuel des malheurs qu'on y éprouve, etc., etc., peu de pain, misère générale, à chaque minute des troubles. Je vous assure que ce n'est point exister que d'être dans cette perpétuelle perplexité. Gomme il faut cependant prendre le temps comme il vient, je tâche de gagner une époque plus heureuse en m'amusant le moins mal possible. Cette philosophie me plaît.

L'archevêque de Paris, craignant pour ses jours, a quitté le royaume sans passeports de l'Assemblée'. Plusieurs hono-

1. Il y ft là une légère erreur. Le 15 oclobre 1789. lors de U dernière séance de V.Kssemblée à Versailles, M. de Juigné demanda, bien avant de quitter la France, un congé de l'Assemblée et des passeports. (Voir plus baut, p. 28.)

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rables ont fait de même. Vendredi, on décidera l'affaire du Clergé. Le choix pour la présidence actuelle se balance entre M. Emeri, député de Metz S et M. Le Camus *.

Une galerie, sur laquelle étoicnt placés les spectateurs dans la salle de TArchevôché, s'est écroulée et a blessé quelques personnes. On n*ira au Manège que dans dix à douze jours. Là seulement se porteront les grands coups.

Le Roy n'est pas encore sorti de Paris. On disoit hier qu'on -1

alloit lui composer une garde particulière sous le nom de Chasseurs de la Couronne.

Adieu, mon cher Bernières..., comptez à jamais sur les sentimens d'attachement de votre serviteur.

29. — Du même à M. Hyacinthe de Pestre^ son frère y à Bruxelles.

{Ibid,, p. 99-100.)

Paris, 30 octobre 4789.

Je vous remercie, mon cher frère, des détails que vous me donnez. Je pense bien, comme vous, que, tant que la force des princes ne devient point illusoire par la licence des troupes, ils seront toujours supérieurs aux événemens que les mécontens pourront susciter. Nous avons ici l'exemple que les grandes révolutions s'opèrent souvent par de petites causes. Une seule nuit a fait perdre au roy de France toutes ses troupes et a mis l'insurrection totale dans son royaume. Dieu veuille que les malheurs que cette révolution occasionne finissent bientôt ! Plus de confiance, plus d'argent, plus de commerce, voilà notre état. Les gens de mauvaise foi savent bien abuser de cette position.

Talon' est en exercice depuis deux jours. 11 ne lui reste plus le temps de se moucher. 11 a sans contredit la plus belle place du royaume. Tout se fait grandement chez lui. On a été content de son discours au Roy et de son discours public de rentrée.

Je suis charmé des succès de l'Empereur. On se gloritie au

1 jMn-Umis-Qaude Emmory (1743-1823), député du Tiers de MeU.

t. Ales.-Gatlon C«mat (1740-1804). député du Tien de Parii*, président de l'Assemblée le 28 octobre 1780.

3. Omer-Antoine Talon, beau-frère du comte de SenefTe. dont il avait épousé la sœur, JeaoAe-Agnès-Gabrielle (te Pestre, venait d'être nommé lieulen«iDt civil de la ville, prévôté et vicomte de Paris.

i5& LE COMTE DE SENBFFB

moins du joug que Ton porte, lorsqu'on le reçoit d un être puissant. On nous débiioit ici des nouvelles bien différentes... Adieu...

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