‹ Lettres d'aristocratesChapitre 14 sur 541 · AVRIL 4789 — 10 FÉVRIER · texte numérisé non relu

AVRIL 4789 — 10 FÉVRIER

Noiia. — Les élecUons aui EUts géuéraux à Paris et en Bretagne. — L'affaire Réveillon. •^ Différends entre les Ordres. — lia séance du 23 juin. — I/assassinal de Foullon et Bertier. — La nuit du 4 aoàt. — L'affaire du bateau de poudre. — Bordier et Jourdain à Rouen. — TniTaux de TAssemblée. — Famine à Paris. — Dons patriotiques. — Bipédienls finaneiers. — Journées des 5 et 6 octobre. — Dépari du duc d'Orléans pour l'Anfielerre. — Décret contre la chambre des vacations du parlement de Rouen. — Incident iUrabean-Coeberel. — Prétendu complot découvert à Douai. — Aux barrières de Paris. — Affaire des faui-billets de la Caisse d'Escompte. — Pamphlets. — L'insurrection de Tooloa. — Le crime de Senlis. — Procès de M. de Besenval et de M. de Pavras. — La lérolatioa de Brabani. — Désordres en Franche-Comté. — Perquisitions dans les couveats. — L'affaire llarat. — Chanson sur le duc d'Orléans. — Le Roi Jure 6délité à la OMttitution (4 février 1790). — Détresse financière. — Pillages en province. — Le suppliée des frères Agasse. y.

Voici un homme qui. pour n'avoir point signé ses lettres en 1789, eut la vie sauve en 1794, mais qui, en 1906, s'est ainsi trouvé exercer la patience don historien. Sur la foi de Fouquier-Tin ville, ou d'un de ses secrétaires, j'avais successivement attribué la correspondance que Ton va lire, — et Qulls avaient lue trop vite. — à un certain Du Rosel, puis au constituant iean-Marie de Leissègues ; toutes suppositions d'uneévidente fausseté. Une ïcUreoU l'auteur semble bien nommément désigner sa femme*, une autre reofermantune allusion à un fait que j'ai pu vérifier* m'ont livré le secret de

I- Lettre da 23 mai 1787, la même dont je donne un peu plus loin un extrait (Archives attiontles, W kU, doas. 958, 4« parUe, n*60).

1 Celle du 4 mai, où M. deQaélen dit avoir assisté à l'assemblée de la noblesse de Paris ^^T^-m^roê (Voir plus loin, p. 6 rt 0). Cf. Procès-verbaux det attembléet électoralet dM '^«'^ eilra-muroa, aux Archives nationales, Biii, 113.

cet anonyme. Il s'appelait Jean-Claude-Louis, seigneur et comte de Quélen.

Né le 27 septembre 1725 à Plouagat, près Ghâtel-Audren (Gôtes-du- Nord), fils de Maurice-Louis, comte de Quélen, procureur général syndic des États de Bretagne, et de Hélène Berton de Kerversio, Jean-Claude- Louis de Quélen était entré au service comme garde-marine le 13 octobre 1738, à treize ans. Enseigne en 1746, lieutenant en 1754, capitaine de frégate en 1757, capitaine de vaisseau en 1765, brigadier en 1776, il avait eu sa retraite le 1" avril 1785, après 47 ans de services effectifs et 16 campagnes, avec les provisions de chef d'escadre des armées navales et les titres de chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et de commandeur de l'ordre de Saint-Lazare.

Le 8 janvier 1770, il avait épousé An toi nette-Marie- Adélaïde Hocquart, nièce de Gilles Hocquart, intendant des chasses, qui dans seize ans lui donna sept enfants :

1» .Antoinette-Eléonore, née le 29 octobre 1770 ;

2» Louis-Prudent, né le 11 décembre 1771 ;

3^ Amable-Gilles, né le 30 juin 1773, qui fut en 1824 député des Côtesdu-Nord ;

4» Auguste-Marie- Louis, né le 30 septembre 1774 ;

5» Antoine-Jean-Hervé, né le 16 mai 1777;

6» Hyacinthe-Louis, né le 8 octobre 1778, qui fut archevêque de Paris de 1821 à 1839;

7» Antoine- Victoire-Alphonse, né le 31 janvier 1786, qui fut en 1821 souslieutenant dans la compagnie des Gardes du corps, et retraité en 1837 comme colonel*.

Sa pension liquidée, M. de Quélen s'était, semble-t-il, fixé à Paris, où, en 1786 au moins, il habitait rue des Capucines. C'est de Paris que sont datées dans tous les cas les lettres que l'on va lire et qui sont adressées à un de ses vieux amis, le président Conen de Saint-Luc.

« Gilles-René Conen de Saint-Luc, ancien président à mortier au parlement de Rennes, s'était signalé par son inébranlable fidélité au Roi dans lu lutte qu'il eut à soutenir contre les parlements. Il fut l'un des douze magistrats qui restèrent à leur poste, lorsque, le 20 mai 1765, le parlement de Rennes donna en masse sa démission. A l'avènement de Louis XVI, il se démit ô son tour de sa charge, et vint se fixer au château du Bot avec sa femme Françoise-Marie du Bot et ses enfants *. »

Les deux fils du président de Saint-Luc émigrèrent. L'alné, Ange-Marie- Louis-René-Joseph, trouva la mort dans l'expédition de Quiberon. Le cadet, Athanase-Marie-Stanislas-François-de-Sales, rentra en France après ïe Consulat. Quand à la fille du président, Marie-Marguerite-Charlotte-Victoire-bmilie, née en 1761, elle avait été admise en 1782 dans l'ordre des Dames de la Retraite.

« Lorsque la Communauté fut sommée d'opter entre le serment de fidélité à la constitution civile du Clergé ou l'expulsion des religieuses, M"« de Saint-Luc et ses compagnes refusèrent le serment. La jeune fille vint alors rejoindre au Bot son père et sa mère, dont elle partagea le sort pendant la Révolution. Le 16 octobre 1793, ils y furent tous trois arrêtés, comme parents d'émigrés, et conduits à la prison de Carhaix, puis trans-

1. Tous les renscif^neraenU qui précèdeDt soûl exlrails des ardiives de la Marioo aux Archives nationales, C* 168. n« 561.

2. Etude historique et biographique aur la Bretagne d la veille de la Révolution^ à propos d'une correspondance inédite (1782-1790), par J. Baudry, Paris, 1900. 2 vol. in-8». t. I, p. 5i-53.

férésà Paris quelques mois après, pour être traduits le l*'* thermidor s (i8 juillet i 794) devant le tribunal révolutionnaire. Condamnés à mort furent exécutés tous les trois le jour môme * ».

Or c'est précisément au dossier de la famille Gonen de Saint-Luc tribunal révolutionnaire que se retrouvent les lettres qui furent adresi en 1789 par M. de Quélen a son ami. Et lorsque, tout à l'heure, je di qu'il y avait là de quoi le faire... guillotiner, ce n'était point une suf sition gratuite. D'autant que M. de Quélen n'émigra point, qu'il était a en France, peut-être à Paris. J'ai trouvé en effet que, le 7 avril i79 obtint le maintien de sa pension réduite seulement de 3 600 à 3 000 li^ et qu'il la touchait encore en 1802, année de sa mort.

Je ne sais rien autre sur lui. Mais ce que je puis dire, sans qu'on m cuse de partialité en présentant mon premier a aristocrate », c'est 1 pression charmante que laissent les lettres de ce gentilhomme, qui ci gloire d'être le père d'un illustre prélat de France. Digne père d'un fils! Certes, si par sa date elle ne fût sortie de mon cadre, j'aurais pu la première la lettre admirable que, le 23 mai 1787, M. de Quélen ad sait à M. de Saint-Luc. lettre du xvii» plutôt que du xviii» siècle. Elle fermer cette courte biographie.

• Je suis toujours dans la désolation de l'état de ma fille * mon ( Saint-Luc, écrivait M. de Quélen. Une petite fièvre lente la mine ce nuellement. Je l'ai fait partir pour Poissy ' avec sa mère, où elles p dront toutes deux le lait d'ànesse... Je ne les ferai revenir à Paris pour se disposer à s'établir au château de Noiziel «, beau bien situé la Marne, qui fait canal. Notre moral y sera en pauvre état si ma fille s'y rétablit pas, car elle noiis est bien chère. Enfin, mon sacrifice à I est fait. Je la tiens de lui, il est le maître de me l'ôter. Il n'en sera moins adoré par nous, quoiqu'il nous châtie. Nous nous recommand à la sainteté de vos prières et de votre chère famille, auxquelles n avons grande confiance • ».

1. — Du comte de Quélen à M. le président de Saint-L en son château du Bot, près Le Faou, parLanderneau, Bretagne,

(Arch. nat.. W 423, doss. 958, V partie, n» 57.)

Paris, le 20 avril 1789.

Je n'ai encore recouvré, mon cher Saint-Luc, ni la facilité marcher librement à cause de l'enflure aux genoux qui subsi toujours, ni celle de mouvoir le bras droit qui est atteint

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