‹ Lettres d'aristocratesChapitre 15 sur 541 · J'iniore s Quélen · texte numérisé non relu

J'iniore s Quélen

convaincu d'être entaché d'un rhumatisme comme le comte de Mirabeau d'avoir transigé, il y a quelques années, sur un décret de prise de corps rendu par le bailliage de Pontarlier, ce qui ne l'a pas empêché d'être élu député pour le Tiers État à celui de Marseille *. Nous avons lu une très plate et basse lettre h lui écrite par M. le comte Riquet de Caraman - qui eommandoit en Provence et la plus insolente et inconcevable réponse qui lui a été faite par Mirabeau ^. Au reste, comme on ne met point de barrière au torrent des plus effroyables écrits qu'invente la nialice des hommes, nous en sommes inondés, et il est à craindre que la lecture n'achève de pervertir le petit nombre de fidèles qui craignent de s'égarer, mais qui peuvent être séduits par les pièges qu'on ne cesse de leur tendre.

Nous venons d'éprouver que l'Évangile est en mauvaises mains dans celles de la plupart des curés du royaume, qui se sont bien mal comportés envers leurs évêques, notamment Tévêque de Belley qu'ils ont voulu incendier*. On peut dire que presque partout ils ont commis des indignités. On répand ici que ceux de Quimper, de Léon, et de Tréguier ont déclaré que n'étant immiscés que dans l'administration des sacremens, qu'ils ne vouloientpas être députés aux États généraux, à moins qu'ils ne soient requis pour leur administrer la confirmation ou autres sacremens suivant le besoin de chacun d'eux. J'ai ouï dire aussi que le Tiers État de Morlaix, après s'être débattu et presque battu, s'étoit séparé sans rien conclure. Ce n'est pas reconnoître les bienfaits ministériels qui tendent à faire concourir au grand œuvre tous les individus du royaume, depuis le savetier qui meurt de faim, faute de travail, jusqu'aux neuf barons de Bretagne '.

1. Mirabeau avait été élu député aux Etals à la fois par lo Tiers Etat de Marseille et par celui d'Aix.

2. Victor-Maurice de Riquet, comte de Caraman (1727-1807), était depuis 1786 lieutenaDl général en Provence.

3. Probablement la Lettre de M. le comte de Caraman, commandant en Provence^ dM.le comte de Mirabeau^ et ta répouêe de celui-ci^ suivies d'une lettre cCun citoyen de Marseille à un de ses amis sur Af. de Mirabeau et l'abbé Raynal, 20 mars 1789, in-8*.

4. M. Gabriel Cortois de Quiocey. évéque do Belley, ayant protesté contre l'éloctioa comme député du Clergé du sieur Aimé Favre, curé d'Hotonnes en Valromoy, et ayant p«r dépit prétendu retenir les cahiers qui avaient été déposés entre ses mains, le peuple avait envahi l'évéché « la torche à la main », en avait brisé les meubles et jeté une nartie par les fenêtres (Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, ta cour et la ville de /777à 179 f, publiée par M. de Lescure, Paris, 1866, 2 vol. in-«», t. Il, p. 343-344).

5. Les neuf barons de Bretagne étaient on dernier lieu ceux de Maleslroit. de Léon, de Derval, de Vitré, de la Rochc-Bemard, de Chateaubriant. de Quintin, de Pont et d'Anceuis.

À M. LK PRésIOBNT DE SAINT-LUC i

Nous aurons demain quelques nouvelles de Saint-Brieuc*. Je suis en peine de ce qu'on y arrêtera après le trop fameux serment prononcé à Rennes *. J'ai encore ouï dire que les curés de votre capitale avoient déclaré vouloir être toujours réunis au haut Clergé. En cela je les approuve autant que ceux de Basse-Bretagne, si toutefois ils pensent comme on veut les faire penser à Paris.

Paris s'assemble aujourd'hui en vingt endroits différons*. Mais la manière de convoquer ne plaît pas à tout le monde ; de sorte que Ton s'attend à des protestations. L'assemblée des États généraux pourra bien être remise au 13 de mai, si on veut la présence de tous les députés réunis, parce que les cahiers ne seront pas faits à Paris le 27 de ce mois. Les régimens Gardes françoises et suisses prennent les armes aujourd'hui pour arrêter l'effervescence populaire au cas de mouvement. Comme je ne suis pas citadin, je ne parottrai pas à l'assemblée, qui aura lieu^ce matin à l'Oratoire pour cette paroisse *.

Le duc d'Aiguillon • a été nommé tout d'une voix à Agen, et Tévéque ' est aussi député, quoique les curés aient chassé de l'assemblée les cent chanoines qui s'y sont présentés et dont les voix étoient pour leur pasteur.

Je vous embrasse, mon cher Saint-Luc, et je vous prie de présenter mon hommage à tout ce qui vous entoure.

1. Lm Buts de Bretagne s'étaient réunis le 29 décembre 1788 i Rennes, en vue de l'éleetioa dM députés aux Etals généraux. Mais la Noblesse et le Clergé ayant dans l'Assemblée refosé toute influence au îjers, cette intransigeance avait amené la'dissolution des Etats. Avant de se séparer, les deux ordres privilégiés avaient fait le serment de ne pas siéger dus une assemUée oui serait formée sur d'autres bases que celles jusqu'alors usitées et « de ■e réorienter la Noolesse aux Etats généraux qu'en vertu d'une élection faite dans TAstemblée nationale delà province •. Un ordre royal avait alors convoqué la Noblesse et le Clergé à Saint- Brieuc pour le 16 avril, afin de procéder à l'élection de leurs députés, leur permetttat ainsi de s'isoler du Tiers eu vue de parer à de nouveaux troubles. Hais les privil^és refusèrent de nommer des représentants, déclarant seulement qu'ils étaient prêts à la prochaine tenue des Etats solennellement assemblés en trois ordres à voter une égale répartitîoB des impositions. La Bretagne ne fut de la sorte représentée aux Etats généraux que par des dépotés du bas Clergé et du Tiers état.

S. Voir la note ci-dessus.

}. Paris avait été distribué pour les assemblées de la noblesse en 10 départements, qui ne Mirvéeurent pas d'ailleurs à la circonstance électorale (Gh.-L. Chassin, Les Electionê et Us cahiers de Paris en /Î^P, Paris, 1889, 4 vol. in-8«, 1. 1. p. 482).

4. C'était l'assemblée du quartier du Palais-Royal qui se réunissait à l'Oratoire. Le proeèft- verbal de la réunion dont parle Quélen est dans Chassin, op. cit., t. Il, p. 129 et

HÛV.).

5. Armaad-Désiré de Vignerot du Plessisde Richelieu, duc d'Aiguillon (1762-1 800}, colonel de Royal-Pologne cavalerie, commandant des chevau-légers de la garde du Roi, député de h noblesse d'Ageo.

4. Jean-Louis d'UsMm de Bonnac (1734-1821), évéque d'Ages de 1768 à 1790.

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