Du même à M. J.-B. Cogels^ à Anvers
[Ibid., p. V85.)
Paris, 12 novembre 1790.
... Je persiste avec fondement dans mes idées sur les opérations ministérielles dont nous nous sommes entretenus. Je ne pense pas que le Trésor royal se dégorgera d'ici à quelque temps de tous les effets qu'il a achetés, tant pour évacuer ses assignats que pour soutenir et rétablir ses effets vers le pair. Lorsque les besoins viendront, on revendra les effets achetés, et alors la baisse sera d'autant plus subite que le Trésor royal est administré par des gens qui, sachant à l'avance le secret de l'Etat et le moment du déblayement, en abusent ordinairement pour eux en vendant à tout prix à terme, en sorte que, quand (es ventes effectives du Trésor arrivent, les effets sont déjà beaucoup baissés, les ventes considérables au comptant les atterrent, et nos administrateurs achètent alors à vil prix ce qu*ils ont vendu cher par engagement à terme. Je ne puis, mon cher oncle, que vous communiquer mes idées bonnes ou mauvaises, car si on pouvoit être bien certain d'une hausse ou
dune baisse, on feroit dans ce pays des bénéfices immenses...
Au total, l'argent effectif est resserré partout et le papier pa^ tout offert. Pour ici, nous ne connoissons plus que le papier ;on se met à genoux devant un écu, et en payant 7 p. 100, on ne peut que s'en procurer très peu. U y auroit même du danger d*en prendre plus que ses besoins journaliers, et on parle parmi le peuple daller chez ceux qu'on soupçonne d'en resserrer, comme on parle des accapareurs de blés dans un temps de disette. En somme, nous sommes ici au centre de la confusion générale qui semble vouloir se répandre sur le monde entier...
Je suis...