De la même à la même
ilbid.)
[Paris], ce f7 décembre 1790.
Vous me laissez Tespoîr, Madame la comtesse, de vous voir aux Rois. Je vous jure que j'en aurai une vive joie. Mais en aurez-vous de nous trouver toujours dans Tattente du lendemain, espérant qu'il sera meilleur que celui où Ton est? Pour moi, je n'attends plus rien de bon. Le Roy a sanctionné hier matin la constitution du Clergé, sans attendre la réponse du Pape, et de plus a écrit une lettre à TAssemblée de la plus grande confiance et adhésion pour la nouvelle constitution*... Si jamais il y a un martyr I . . . Nous voilà dans les horreurs d'une guerre civile, qui fera couler bien du sang. L'on va, dans la huitaine, obliger le Clergé et surtout ceux de l'Assemblée à prêter le serment. Ils n'en feront rien. L'évéque de Clermont*, l'abbé Maury ne céderont pas. Le cri de leur conscience est fortement prononcé dans leurs âmes ! Attendons et vivons au jour la journée !
Je vous remercie bien, Madame la comtesse, de vos billets de loges. J'ai profité de celle des François, et non des Ilaliens^ Ce jour étoit destiné pour les pauvres ; je laisse ce soin à la Nation ; nous ne sommes plus en état de faire l'aumône. Aux François, l'on donnoit la nouvelle pièce de Jean Calas, qui est un tissu d'horreurs'. L'on entend le cri d'un pendu, et l'on voit le bourreau ôter les fers à Calas pour le mener à l'échafaud. Tout cela ne m'a pas fait la moindre peine. Tout ce qu'on dit contre la religion catholique et tout l'éloge qu'on fait de celle des protestans est la seule peine que j'en ai ressentie. L'esprit de la Révolution y joue en plein, car les parlemens et le clergé y sont peints sous des couleurs affreuses. Où aller pour
1. Le Roi accepta la GonsliluUon civile da Clergé le 26 décembre. Cf. Arch. pari., du 27 novembre 1790, t. XXI, p. 674-675.
2. François de Bonal (1734-1800). évéqae de Clermont-Perrand de 1776 à 1790, dépiU aax Etais généraux.