‹ Lettres d'aristocratesChapitre 176 sur 541 · M"« DE VATOB A M. DE GIVRY · texte numérisé non relu

M"« DE VATOB A M. DE GIVRY

l.—DeAf^^de Vatre à M. de Givry,

(Arch. nal., T 591«.)

A Paris, le 4 février 1790.

Nous sommes arrivés ici dimanche, mon aimable ami, sans accidens et en assez bonne santé, quoique mon mari soit moins bien actuellement que lorsque vous nous avez quittés, et vous jogez comme il s'inquiète! Il désiroit beaucoup d'ôtre ici pour consulter sur sa santé. Pour moi, je compte plus sur la dissipation que sur les médecins, d'après son état qui ressemble à des vapeurs. Je ne suis pas fâchée d'être ici, parce que je me déplaisois beaucoup à Saint-Quentin ; mais si j'avois pu aller à la campagne avec quelques amis (croyez- vous que vous auriez été compris...), j aurois préféré cette vie à celle de Paris. Tous ceux que j'ai vus depuis mon arrivée le trouvent fort triste. Je ne m'en suis pas encore aperçue, étant sortie seulement hier pour aller à la Comédie Italienne. Depuis quelques jours, on annonce pour aujourd'hui un grand spectacle : le Roy allant à lAssemblée nationale sanctionner, approuver toutes ses opérations, se mettant à la tête de la Révolution, donnant une amnistie générale, et demandant le retour de son frère et de tous les fugitifs... Je vous rends ce qu'on dit. Le nombre des soi-disant aristocrates, c'est-à-dire des mécontens est très considérable ici, et dans les démocrates que j'ai vus, ils sont assez raisonnables pour blâmer une infinité de choses, pour s'affliger de beaucoup d'autres.., et tous les partis paroissent craindre également que la fin de tout ceci ne soit la banqueroute ! On ne se fait pas d'idée de la rareté de l'argent; mais ce qui est afîreu.x, c'est qu'on en trouve en payant 3 p. iOO. On a plaisir ici, du moins dans mon quartier, d'entendre battre la caisse sept ou huit fois par jour et de voir autant de détachcnf»ens de la Garde nationale.

J ai fait partir, mon ami, mercredi dernier, à l'adresse de M. d'Agoult* la suite des Actes des Apôh^es jusqu'au 27* inclusivement. J'espère que vous me manderez quelque jour qu'ils vous sont tous parvenus. J'imagine qu'on n'a encore rien décide sur votre corps, puisque l'Assemblée nationale n'a encore rien

L Piem-Nicolas d'AgouU, né k Gutse (Aisae). en 1733, colonel d'artillerie en 1791, devinl f^èrtï de brigade deui ans avant sa mort eu l'an IX.

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lait sur la constitution militaire. Je voudrois bien, si vous devez venir ici, que ce fût pendant que nous y sommes.

J'ai vu l'autre jour une grande métamorphose : mon frère non seulement n'a pas voulu être maire de Saint-Quentin, mais il vient donner sa démission de majora ainsi que M. de Pardieu celle de général ', ces messieurs étant fort mécontens de la manière dont se conduisent les bas-officiers. Mon frère est fort radouci.

Quelqu'un, qui est à la portée d'être instruit, m'a assuré hier que le Comité des recherches qui a été cassé avoit brûlé tous les papiers qui pouvoient donner des lumières sur ce qui s'est passé le S octobre. Comme la foule des journaux vous instruit de ce qui se passe journellement, je ne vous en dis rien.

Adieu, mon ami...

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