‹ Lettres d'aristocratesChapitre 194 sur 541 · MAI 1790 — 17 JUILLET · texte numérisé non relu

MAI 1790 — 17 JUILLET

Notice. — Détresse fiD«Dcière de l'Eut. — Les biens du Clergé. — Les usiepats. - Physionomie de Paris en mai 1790. — Désordre général. — Insécurité des rues. ~ Conspiration contre-révolutionnaire de Lyon. — La Constitution civile du Clergé. l— Remplacement des curés réfracUires. — Sacres d'intrus. — Fuite de Mbsoamks (férrier t79t). — Emeoie du Luxembourg contre Morsiiur. — Affaire des Chevalien du Poignard. — Diffieullc d'entendre la messe des métrés insermentés. — Fermeture des chapelles. — Cbagrio d'une paroissienne de Saint-Sulpice. — Voyage du Roi à Saint-Cloôd empêché par le peuple (avril 1791). — Emeute des Théatins. — Service en l'honneur de Mirabeau. — Le patriote Palloy. — La fuite et l'arrestation du Roi à Varennes. — L'insurrection du Champ de Mars (17 juiUet 1791).

Issue de parents iriandais établis en Bretagne et naturalisés français. Marie-Richarde-Hélëne Porter, veuve de M. de Nermont, conseiller au Parlement, était née à Saint-Malo vers 1728, habitait Paris depuis 1755 et, sans enfaqts, y vivait largement d'un revenu de 21.000 livres. Au moment de la Révolution, elle n*avait point quitté la capitale, bien que vivement pressée par ses amis de se réfugier à Tétranger ou en province. Menant une existence très retirée, s'éloignant peu du quartier Saint-Sulpice, où elle habita successivement rue Cassette, rue Pérou, rue du Pot-de-Per, M"« de Nermont n'avait encore, au commencement de 1793, attiré l'attention de personne, lorsque, le 7 ventôse an II, elle fut mise en état d'arrestation et incarcérée aux Carmes, non pas, comme on pourrait le croire, à raison de la correspondance que l'on va lire, mais pour cause de relations suspectes avec des émigrés, de propos inconsidérés « sur le sort des églises t. et pour achever et tout dire en un mot, comme ex-noble, par conséquent suspecte. Les scellés posés chez elle ayant été levés le 17 ventôse, il ne résulta point des perquisitions alors opérées beaucoup plus de lumière sur. les agissements de cette aristocrate. On découvrit bien trente-cinq lettres qu'on estima a pouvoir être de quelque utilité », on saisit bien « une broderie ornée [d'emblèmes] de la féodalité », quelques jetons armoriés, ane « pendule de cuivre parée d'une fleur de lys », mais au ton du procèsverbal, et d'après Ténumération qui y est faite, on s'aperçoit bien de la déception des perquisiteurs.

Est-ce le manque de preuves nécessaires à étayer l'accusatioD, qui sauva la vie de M** de Nermont ? Est-ce seulement le hasard ? Toujours est-il que des mois se passèrent sans qu'il fût statué sur son cas. Finalement, le 9 thermidor arriva. Le 20, puis le 28 de ce mois, M"« de Nermont adresse alors aux membres du Comité de sûreté générale deux mémoires, où elle demande sa mise en liberté, se fondant sur rinanité des accusations formulées à son endroit. N'avait-on pas été jusqu'à invoquer contre elle les griefs les plus puérils? Parmi ces derniers, il en était un qu'elle

M"*^ DE NERMONT A M. DÉSILLBS tl%

avait particulièrement à cœur de repousser : celui de « vanité nobiliaire et d'orgueil de caste ». Cétait mal tomber, car « depuis Tàge de raison la réclamante a toujours regardé les hommes comme étant égaux, et son amour pour la République et ses sentimens étoient si connus dans son entourage, qu'une demoiselle et une femme de chambre l'ont quittée à cause de sa démocratie. L'épithète de caractère hautain, qu'on lui décerne, ne peut donc être qu'une gentillesse du rédacteur de la dénonciation ». Bref des raisonnements de femme, qui n'auraient pas fait une impression bien vive sur le Comité avant la chute de Robespierre, mais qu'il parut accepter en faisant mettre M"« de Nermont en liberté le li vendémiaire an IIP.

Je parlais tout à l'heure de hasard. Des hasards, il y en eut vraiment d'extraordinaires dans les destinées de ceux dont le sort se joua alors. A un de ces hasards M"* de Nermont dut la vie: contre elle les preuves ^^

existaient bien ; on ne s'avisa pas de les découvrir. Qu'au Heu, en effet, ^

de perdre leur temps à saisir rue du Pot-de-Per des jetons et des pendules, les pourvoyeurs du tribunal révolutionnaire eussent eu seulement l'idée de compulser les archives de ce tribunal, ils auraient, aisément et sans remonter bien haut, mis à jour ce qu'ils cherchèrent vainement ailleurs. Car c'est tout simplement du dossier de la conspiration de Bretagne, jugée en juin 1793. — huit mois avant l'arrestation de M** de Nermont,-— que j'ai exhumé les lettres signées d'elle que je publie, et que le Parquet ja9

révolutionnaire aurait pu sans trop de peine retrouver. Elles auraient ^

servi à souhait ses desseins.

Ces lettres de M** de Nermont sont, en effet, il faut le reconnaître, d'un ton bien diffèrent de celui de ses pétitions de thermidor. Elle s'y révèle nettement aristocrate à ses deux correspondants : Marc-Pierre-Prançois Désilles de Cambernon, seigneur de la Posse-Ingant, et Michel-Julien-Alain ':%

Picot de Umoélan. -^

M.-P.-P. Désilles était le père de a l'infortuné et héroïque Désilles », chanté par André Chénier et qui fut, le 31 août 1790, victime de la révolte militaire de Nancy. J'aurai l'occasion de revenir plus loin sur lui. M.-J.-A. Picot de Limoêlan était le beau-frère de M.-P.-P. Désilles. ils furent tous deux mêlés à la conspiration de La Rouerie : l'un, Désilles put à temps s'enfuir à Jersey ; l'autre, Limoêlan périt sur l'échafaud. C'est, quoi qu'il i^

en soit, au château de la Posse-Ingant, et au château de Limoêlan que furent saisies les lettres de M** Porter de Nermont. Le fait d'avoir été adressées par une intime amie à deux des héros de ce mémorable drame, si puissamment évoqué naguère par un historien,* ne leur donne- J

t41 pas, à ces lettres, un intérêt plus saisissant, plus poignant encore !

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