‹ Lettres d'aristocratesChapitre 195 sur 541 · De Af"* de Nermont à M. Désilles, à Saint-Malo · texte numérisé non relu

De Af"* de Nermont à M. Désilles, à Saint-Malo

(Arch. nat., W 274, doM. 59. 4* p«rUe, n* 38.)

Paris, 8 mai 1790.

... Je crains la banqueroute, Monsieur, mais je ne suis pas si déterminée que vous à la croire. L'Etat est dans une furieuse

t. Archives naliooales. Comité de sûreté générale, F^ 4774»^ S. Leii6lre. lé Marquis de la Rouerie, Paris. 1899, iii-8*.

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crise et dans une pénurie désolante, mais je crois qu'on peut s'en tirer. Les impôts également établis, la suppression des dépenses de la Cour, celle d'une grande partie des pensions accordées à tort et à travers, le quart du revenu et la vente de 400 millions du Clergé, avec le domaine du Roy, la réforme de la comptabilité des ministres sont des moyens bien puissans pour l'empêcher. Peut-être on nous tapera des impôts sur nos contrats. 11 faudra bien le supporter.

Bergasse a écrit contre les assignats * ; mais il a attendu à répandre son ouvrage après qu'ils ont été décrétés. Il a sûrement été payé pour cela, car le reproche qu'il fait qu'on a été trop vite n'est pas fondé. Il en a été question depuis le mois de décembre. Il n'a donc pu avoir d'autre vue que de les faire tomber et d'accélérer la banqueroute. Cependant ils vont, c'est-à-dire les billets de caisse, qui font le même service jusqu'à ce que les assignats soient imprimés et sign^. Les recettes deviennent bien difficiles. Ce papier porte intérêt, on le retient par jour, et il y a un tarif que vous ferez bien de vous procurer ; un grand inconvénient, c'est que tous les payeurs de la Nation ou de la Ville ne vous paient point si vous n avez à rendre de l'argent sur le papier qu'ils vous donnent. Par exemple, votre contrat sur la 4'' loterie de 2â6 Irvres : il faut que je rende 74 livres ; ainsi des autres ; et lorsque j'aurai cette somme seule à payer, je ne pourrai donner qu'un billet de 200 livres avec 26 livres en argent. Il n'y en a point, et j'en ai déjk acheté pour plus de 200 livres, tant pour mes propres besoins que pour mes recettes. Je ne Taî encore payé que 5 p. 100, mais j'en connois qui l'ont payé 6. En outre, on commence à vous retenir sur ce qu'on vous paie Tintérôt à 3 p. 100 depuis le IS avril. Ce n'est pas tout : en payant une lettre de change, vous retenez l'intérêt que vous avez payé et celui que vos billets ont acquis depuis quils sont daiis vos mains. Vous conviendrez que cela est fort compliqué. Il faut prendre patience. Je suis bien persuadée que tant que nous vivrons nous ne reverroos pas lELat florissant. Mais si vous ^tcs assez heureux pour qu'on vous rembourse en assignats, je vous dirai franchement que vous n'avez pas d'autre parti à prendre que (1 en acheter des biens du Clergé. Vous êtes mari et père, vous (levez conserver du pain à vos enfans; et quant à la sûreté, le Clergé ne reviendra jamais; il est absolument perdu ; c'est son

I Protestation de M. Berçasse ^ député delà sénécfiautsée dt Lyon, contre hs assignats- ('imoie, Paris, 1790, in 8».

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ouvrage. Je suis fort éloi^ée d'approuver ce que l'oa a fait, mais je dirai que tous ont tort, out grainl tort; la neJbilesse, s'est très raal conduite dès l'assemblée des Notables, et dans le commenoenaent des Etats le Clergé a voulu «ager entre deux eaux et conserver son argenit qu'il n'a offert que lorsqu'il n'étoit plus temips. Le Roy, abandonné «par les deux ordres, n'a eu que lie Tiers qui, dans sa fureur contre les deux premiers ordi^es et étant le plus grand nonabre, s'est porté à des extrémités dont Dous autres, ipauvres humains, sommes les victimes. Morceau à morceau ils ont ôié l'autorité royale, sous prétexte que c'étoient les raiiûsfcres et (les femmes qui gouvernoient, et ils font de notre Boy *un roy de cartes. Tous leurs décrets d'organisation isont décousus. Je ne vois ^uère moyen qu'ils puissent subsister. 11 faut espéirer *daDS une seconde Léigislature, mais qui ne fera rien revenir sur les iteriîes, im sur le Clergé, ^us Ghai*les IX, rassemblée déclara les biens du Clergé appartenir à la naiûm; ik s'en «rachetèrent en doonant 15 millions, somme énonme alors. Et sans être contre eux, les biens que les seigneurs et les particuliers ont donnés aux moines pour les faire vivre dans la prièreetavec le travail de leurs mains, l'Etat n*avoit-il pas porté atteinte à cette propriété en établissant des abbés commandataires, êtres inutiles à la société ainsi qu'à la religion, et l'Etat ayant besoin, n'est-il pas plus juste que ces sommes servent à l'acquitter ?

Nous sommes toujours sur le qui-vive. On ne fait pas deux pas sans trouver des gardes nationales armées. Le tambour nous siffle aux oreilles comme dans une ville de guerre. Je dis souvent que je voudrois avoir la faculté de pouvoir vivre seule, 'Car lorsque je rentre chez moi, c'est toujours du plus noir que je rapporte.... Si vous voyiez Paris vous le chercheriez sans le trouver. Si le Roy et l'Assemblée n'y étoient pas, l'herbe croîtroitdans lesTues.

Mille -amitiés... Pouteu de Nermokt.

B. — De la même au même,.

[Ibid.y n" 39 et 44>.)

Paris, 22 mai 1790.

... Le moment est orageux. Monsieur, l'insurrection est presque générale. Le peuple point contenu se porte, soit ^l^un côté, soit de l'autre, aux dernières extrémités. Le pouvoir exé-

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cutif est énervé. Tout ce que je puis vous dire, c'est que nous sommes à cul, et je n*ai garde de voir couleur de rose. A quoi étions-nous réservés ! Quel siècle î La fermentation des esprits bouillonne depuis bien des années ; vos malheureux Etats ont donné le branle et ont été le mot de guerre.

Je ne puis vous donner de conseil sur laisser ou prendre votre argent à M"* de Guiaudeux. Je ne connois point du tout ses affaires. 11 y a d'ailleurs tant de gens intéressés à empêcher que les assignats prennent, tant de gens qui désirent la banqueroute, tant de fermentation, si peu de confiance dans l'Assemblée, où tout ne va que par les extrêmes, l'absence des principes et de la raison, que d'après cela on ne peut agir qu'en aveugle et se confier en la Providence. J'ai reçu un rembou^ sèment pour ma nièce* de 24.000 livres en billets de caisse; je les ai tout de suite vendus pour ne pas risquer à perdre le tout. Il est vrai que c'étoit dans un moment de fermentation . Nous y sommes encore : l'histoire de la guerre, les insurrections qui arrivent dans la Flandre, le Languedoc, la Bourgogne, et beaucoup d'autres! ... Il est arrivé une espèce de Saint-Barlhélemy à Montauban *. Malgré tout cela, je ne puis que craindre la banqueroute, sans pouvoir y croire, par les horreurs qu'elle entraîneroit après elle. Le peuple est monté à un tel point, qu'il y a tout à craindre de sa férocité, si cela arrivoit... La conduite des derniers Etals de Bretagne a été le manifeste et la déclaration de la guerre entre les trois Etats en France '. Ils n'ont pas voulu sentir que le Tiers étoit poussé à bout, que leur nombre en individus étoit vingt fois plus fort, que, dans ce siècle de philosophie, on parloit raison, mais que ce n'étoit qu'un mot, que la probité étoit la même chose, que nous étions rendus à n'avoir ni mœurs, ni principes, ni religion. Je pense que M. Necker s'est trompé en mettant dans l'Assemblée tant de Tiers. Mais ce n'est pas tout le mal. Les esprits étoient montés depuis longtemps. La noblesse et le Clergé ont eu des torts et de très grands torts, lors du commencement de l'Assemblée, en refusant de se réunir, et si ces derniers eussent alors offert le secours qu'ils ont voulu donner depuis, je crois qu'on n'auroit pas porté les choses si loin. Dieu veuille nous en tirer! H n'y a que lui seul.

Mille choses..., etc..

Porter de Nermont.

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