Du même au même
{Ibid., n« 64.)
Paris, le lundi 15 juin 178^
.. Samedi*, trois curés ont déserté la Chambre ecclésiasue et se sont jetés à celle du Tiers'. On croit que cet emple sera suivi par 30 autres. Messieurs du Tiers s'atident à une recrue de la noblesse. Mais je ne crois pas 'aucun membre ose faire une pareille lâcheté. L'indignan suivroit de près cette démarche, et on ne s'y exposera s.
La Noblesse a député au Roy pour justifier la conduite
. Tnttnictions et eahierg du hameau de Madon, [p«r H. de LAuzières-Thémines, |ue de Blois], Blois, 1789, iu-8« (MadoD. cne de C«ndé. Loir-et-Cher).
. Henry Evrard, marquis de Dreux-Brézé, baron de Berrye, né en 1766, morl en 1829.
. Charleft-Louis-François-de-PauIe de Barentin (1736-1819), ministre de la Justice de sepibre 1788 au 3 août 1789.
. Le 28 mai. le Roi avait adressé une lettre aux trois Ordres convoquant les commissaires r le 19 mai, à 5 heures du soir.
. A la date du 29 mai : • Les députés des communes assemblés dans la salle nationale ^tent à la pluralité des voix que, jiour répondre aux intentions paternelles du Roi. les imissaires déjà choisis par eux reprendront leurs conférences avec ceux choisis par Mesirs du Clergé et de la Noblesse au jour et à l'heure que Sa Majesté voudra bien indiquer: procès-verbal sera dressé de chaque séance et signé par tous ceux qui y auront assisté, I que le contenu ne puisse être révoqué en doute {Archive* parlementaire* ^ t. VlII. i9).
. Samedi, 13 juin.
. C'étaient trois curés de la sénéchaussée du Poitou. MM. Lecève, curé de Triaixe ; Bellert, é de Poiré-de-Vellulre : Jallet, curédeChérigné(iirc/ui;e«/>ar2emenrairef, t. Vlll, p. 97).
qu'elle tient*. Elle a nommé le duc de Luxembourg* pour son président et le duc de Croy^ pour vice-président, pour deux mois seulement.
Vous n'apprendrez pas sans surprise que Tordre du Tiers demande au Roy les grandes entrées de sa Chambre pour son président, son doyen, et quatre membres à leur choix \ Cet ordre menace de se constituer, seul, Nation, sur le refus des deux autres de travailler en commun. Ils appellent le Roy, le roy de la France. Jusqu'à présent je l'avois cru roy de France, et je n'avois pas trouvé de contradicteurs. Grâce aux soins de M. Necker, je vois des gens lui disputer ce titre si légitime, et pour lequel je me ferois hacher pour le lui conserver. C'est la seule occasion de dérouiller ma vieille épée que j'ai pendue au croc et qui feroit encore son devoir si on m'oblige de la faire sortir de son étui*. Je compte sur beaucoup d'imitateurs, au nombre desquels je vous mets en ligne, quoique vous ayez employé plus de temps à juger des procès qu'à tuer du monde. Les choses sont au point qu'il faudra que Sa Majesté montre son autorité pour contenir l'ordre du Tiers qui est si insubordonné. La Cour est à Marly. Voilà tout ce que j'ai à vous dire pour celte fois que je suis pressé de sortir.
Adieu, mon cher Saint-Luc, je suis votre serviteur et à tous les vôtres.
{Ibid.y n« 63).
[Paris, le 24 juin, au matin].
Voici, mon cher Saint-Luc, la substance de la séance du Roy, le 23 juin, tenue à Versailles en présence des trois Ordres réunis.
Sa Majesté voit avec regret la division qui règne parmi les
1. Le 15 juin, la Noblesse, en etéculion de soa arrêté du 13, décide qu'une dépulalion sera «Bvovée au Roi, • pour lui rendre compte de la conduite et des délibérations de la Chambre depuis ronTeriore des EUU généraux » {Areh. pari., t. Vlll. p. 107).
t. Anne-Charles-Sigismond de Uontmorency-Luxembourg, duc de Luxembourg (1737-1803), ^^ié de la noblesse de la sénéchaussée du Poitou, président de la Noblesse le 12 juin, dooiia sa démission le 20 aoOt, émigra en 1791.
3. Aona-Emmaauel-Ferdinand, duc de Croy (1713-1803), député aux Etats généraux de la Mbteate do Quesnojr.
4- Cette prétention fut exprimée par la dépntation des Communes reçue par le Roi le U JBioà 1 heure {Arch.parl., t. Vlll. p. 101).
oo l'a TU, M. de Quélen était à la retraite depuis 1783.
t LB COMTE DB QUBLBN
[fFérens Ordres et surtout la précipitation avec laquelle le iors s*e8t empressé de prendre des arrêtés sans lui en faire art, de sorte qu'elle ne peut s'empêcher de les casser £aute avoir eu la sanction royale* ; que les différens Ordres sont 5 l'essence de la monarchie et que son devoir est de les proiger tous avec impartialité ; qu'elle a pris connoissance des ifférens cahiers, que les pouvoirs des députés sont presque »us vérifiés demander l'égalité des impositions et l'abolition 3 la taille, qu'elle y consentoit ainsi qu'à la formation de la onstitution telle qu'on l'a proposé, à la liberté individuelle, à ibolition des lettres de cachet, sauf aux États à lui indiquer s moyens de pourvoir à l'honneur des familles et à leur traniillité ; qu'il admettoit que les impôts fussent établis et les is consenties par les États, mais que, dans tous les cas qui téresseroient les différens Ordres, ils dévoient délibérer îparément.
Il a fini par dire qu'il donnoit l'exemple unique d'un roy qui lerche le bien de bonne foy et ne peut l'obtenir, mais que, si algré tous ses efforts pour la paix et l'union il ne pouvoit les ire consentir à y coopérer, il seroit obligé de les exécuter LUS eux*.
Le garde des sceaux a lu sur tous ces objets un règlement \ 28 articles^. Les Ordres ont été ajournés au lendemain, 24. î Tiers n'a pas désemparé de sa chambre, malgré l'ordre du :>y porté par M. de Brézé de se séparer*. On croit qu'il a preste contre la séance royale ».
Le garde des sceaux et l'archevêque de Paris ont été hués irle peuple en allant et revenant de la séance, et au Palais- )yal on appeloitce dernier J... F... d'hypocrite*. Les 44 déités bretons sont les plus fougueux. Lundi dernier, le Tiers
. Dans sa déclaration, le Roi 6t expressément allusion à la séance do 17 juin, où la imbre des Communes s'était constituée en Assemblée nationale (Article premier de la claration : Arch.parl., t. VIII. p. 113).
!. « Vous renez d'entendre, Messieurs, dit le Roi, le résultat de mes dispositions et de s mes. Elles sont conformes au vif désir que j'ai d'opéror le bien public. Si, par une ilité loin de ma pensée, vous m'abandonniez dans une si belle entreprise, seul je ferai le nde mes peuples. • {Ibid., p. 145.)
. Quélcn commet dans sa lettre une confusion. En réalité, la séance royale se composa : D'un premier discours du Roi ; 2* de la lecture d'une déclaration en 35 et non article^ ; 3o d'un second discours du Roi, où furent prononcées les paroles rapportées à noie précédente (Arch. pari., t. VIII, p. 142-146).
>. Ce fut l'occasion de la fameuse réponse de Mirabeau.
'. 1/assemblée protesta en efl*cl {Ibid.^ p. 147).
>. Antoine- Eléonore- Léon Le Clerc de Joigne, né en 17f8, archevêque de Paris de 1781 à 0, député du Clergé, mort eu 1811. Entre le 19 et le 26 juin, M. de Juigné faillit à pluirs reprises ôlre lapidé dans les rues de Versailles (Delarc, l'JSglise de Parit pendant ta oolutioH^ Paris, 4 vol. in-8*, t. 1, p. 142 et suir.).
s'assembla dans Téglise Saint-Louis de Versailles et y prit un arrêté violent*. Sept évoques ont abandonné la chambre de l'Eglise pour se joindre à lui: les archevêques de Bordeaux* et de Vienne', les évéques de Chartres*, de Coutances*, etc., la plupart des curés. Voilà une salade bien déshonorante pour eux, si tout^ois on peut déshonorer ceux qui sont sans honneur.
Le Tiers fait imprimer et crier dans les rues les noms de ceux qu'il veut faire huer par la populace.
M. de Lambertie • et le prince de Poix^ se sont battus. L'un a un coup d'épée dans le côté sans être dangereux ; l'autre, une égratignure au bras. Le premier a reproché au second d'aller porter à la chambre du Tiers ce qui se passoit dans celle de la Noblesse.
Je suis....
7, — Du même au même.
{Ibid., n« 65.)
Paris, 27 juillet 178».
Les scènes d'horreur et d'épouvante ont bien pu jeter de la terreur dans nos âmes, mais n*ont point altéré nos santés malgré de mauvaises digestions jointes à un sommeil fort troublé. Dans des maux aussi affligeans pour l'humanité, dont nous sommes environnés, nous admirons encore la Providence qui veille sur les habitans de cette ville, et qui ne permet pas que de l'anarchie la plus complète il en sorte plus de malfaiteurs qui nuisent au bonheur public. Les boutiques sont ouvertes, les rues sont libres et sûres ; on y voit peu de voitures parce
1. Après s'être réuni aux RécoHels. le Tiers s'assembla en effet dans l'église Saint-Louis. Ccst u qu'une partie du Clereé et quelques membres de la Noblesse se joigaircnl à lui [ArcLparl.^ séance du lundi 22 juin. t. Vlll, p. 140-143).
1 iérôrae-Marie Champion de Gcé, né en 1735, archerêque de Bordeaux on 1781, garde des K«aas le 3 août 1789. mort archevêque d'Aix en 1810.
2. Jeao-Georses Lefranc de Poropignan. né en 1715. archevêque de Vienne en (774, fui le 4 aodt ehareé de iafenîUe des bénéQces et nommé ministre d'Etat. Il mourut le 30 décembre ITW.
4. Jeaa-Baptiste-Joseph de Lobersac, évéque de Chartres de 1780 à 1790.
3. Francis de Talam de Chalmazel, évéque de Coulances do 1764 à 1790.
6. Joaeph-Emmannel-Augustin-Prançois, comte de Lambertye (I748-1819). maréchal do casip, député de la noblesse pour la sénéchaussée du Poitou.
7. Philippe- Loats-Marie-Antoine de Noailles, prince de Poix, duc de Houchy (1752 U19), maréchal de camp, député de la noblesse pour le baillage d'Amiens et Ham.
que les uns sont partis, les autres se tiennent renfermés chez eux. Cet état durera-t-il longtemps ? Qui peut le prévoir ? Les sages gémissent dans le silence du désordre qui règne dans ce grand royaume et adorent la Providence de ce que nos maux ne sont pas à leur comble.
Les deux dernières victimes, Foullon * et Bertier*, ont été pendus, le premier trois fois à la corde d'un réverbère, le second deux fois trfem, puis la tète tranchée, leurs corps traînés dans les rues, ensuite hachés en morceaux. Le cœur bondit de ces atrocités, et ce sont des François qui se sont portés à de pareilles horreurs. Oh 1 siècle ! oh ! mœurs î Pourquoi avonsnous tant vécu î Le Roy est sans pouvoir, les lois sans force et muettes. Dieu seul, oui, il n'y a que Dieu qui puisse arrêter le désordre et calmer la fougue d'un peuple égaré. Tout est en mouvement dans les provinces. Peut-il y avoir une plus grande preuve d'une conspiration ? Les auteurs se tiennent cachés ; ils n'en sont pas moins coupables. Fasse le ciel que la vérité soit connue et qu'ils subissent le châtiment proportionné à leur crime!
M. Necker est attendu. On Ta trouvé à Bâle. Pourra-t-il ramener les esprits à la concorde ? C'est ce que je vous marquerai lorsque je pourrai en entrevoir la lueur.
Adieu, portez- vous bien et priez comme nous que Dieu veuille ramener de beaux jours sur la terre.
P. -S. — M. Necker est attendu aujourd'hui. Les troubles de Rouen continuent ; 600 bourgeois entremêlés de Gardes françoises viennent d'y être envoyés pour donner main-forte contre une troupe de brigands qui désolent Rouen et ses environs. Mantes est également exposé au pillage des gens de cette espèce.
Ghâlons-sur-Marnen'apas voulu recevoir le régiment Royal- Étranger. En traversant la ville, il y a été accueilli à coups de pierre. On craint pour d'autres régimens qui dévoient y passer successivement.
1 . Joseph-François FouUon, seigneur de Chaintré, né en 1715, fut succesaireroenl commissaire des guerres en 1743, commissaire ordonnateur pcndanl la guerre de succession d'Au triche, intendant général de larméc pendant la guerre de Sept ans, conseiller, en la Cour des aides en 1760. intendant de la guerre, bientôt après de la marine, intendant des fmances et enfin conseiller d'Etat en 1784. 11 avait refusé, au renvoi de Necker, le Contrôle général. 11 fut massacré le 32 juillet.
2. Louis-Bénigne-François Berlier de Sauvigny, né en 1737, conseille^ au Grand Conseil en 1754, maître des Requêtes en 17C3, fut eu 1768 adjoint à son père Louis-Jean Bertier de Sauvigny, intendant de la généralité de Paris depuis 174i. et le remplaça dans ses fonctions en 1776. On trouvera des détails sur la mort de Foullon et Berlier, son gendre, dans les lettres suivantes.
On répand un imprimé portant relation de ce qui s'est passé chez un conseiller au parlement de Besançon, lequel a dû inviter ses voisins à une fête et les a fait sauter en Tair par une mine placée sous le lieu d'assemblée ^ Un curé de Franchc- Gomlé en a dû marquer la nouvelle à un député à l'Assemblée nationale, qui Ty a dénoncée. Il y a des gens qui doutent de cet événement qui est toujours propre à échauffer les esprits.