Du même au même
[fhid., n« 66.)
Paris, le 8 août 1789.
Nous faisons ici très merveilleusement vos affaires, sans que vous vous en doutiez. L'Assemblée nationale a arrêté la pros« cription entière de toute la famille des pigeons, en ordonnant la démolition des colombiers, la destruction des justices seigneuriales, les droits féodaux abolis et rachetés à prix d'argent, cens, rentes et chefs-rentes, ainsi que les dîmes, le droit de chasse anéanti; chacun tirera sur son terrain, ou péchera les rivières sur les rives de sa terre sans distinction. Point de banalité d'aucune espèce ; les annates supprimées ; les bénéfices ne seront point accumulés sur une tète*. Deux curés députés ont renoncé à un de leurs bénéfices : le sacrifice ne les a point honorés; l'un abandonne 15 livres, l'autre 20 livres; on les a hués*. Les privilèges des provinces à jamais oubliés, les députés bretons se sont portés fort de faire agréer ce sacrifice à leurs concitoyens, pour ne faire à l'avenir qu'un même peuple sous la dénomination majestueuse de François, brûlant des châteaux, pendant, décollant, hachant en pièces, sans formalité de justice, tous ceux qui déplaisent à cause delà grande liberté individuelle et enfin pour la plus grande gloire de Dieu. Quelle
I. Cett à uoe féU offerte, le 19 juillet, par M. de Mesmay, coDseiUer au parlement de Betao^D, aoz habitants et à la garnison de Vesoul. dans son château de Quincev, qu'eut tisa eet I attentat », qui semble avoir él6 plutôt un accident causé par l'eiplosion d'un baril de poudre que Ton crut contenir du r'm. Sur cette affaire qui flt beaucoup de bruit, voir ■: Complot infernal exécuté à Quincey. A/freux déiordret en Franche-Cmnlé et en Bour- 90êne (f9-S0 juillet). Paris. OuefOer, in-8*. 1789; — Bertrand de Moleville, Hittoire de la ittoolution de France, Paris, 1801, t. Il, p. 88-93 ; — Bûchez et Koux. fliatoire parlementaire, t 11, p. 161 ; — EâUfoofàM Parlement de Franche-Comté, 1892. t. II, p. 246-252.
t. U est fait allusion ici à la nuit du 4 août.
3. Pendant la nuit du 4 août, trois curés, M. Ouvemajr, curé de Villerranchc-en-Beaujolait, ■■ Goalard, curé do Roanne, et M. Mathias, curé d'Eglise-Neuve, remirent leurs bénéGces, «iédarant s'en tenir à leurs cures.
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perspective heureuse pour Tavenir ! Je ne dois pas oublier que le casuel des curés est supprimé. Tant mieux pour les héritiers qui en riront, tandis que nous autres, incessamment messieurs les enterrés, garderons le plus profond silence sur le bonheur de notre postérité.
La ville de Provins a été en alarme. Des milliers de bandits la menaçoient d'une destruction totale. Secours demandé à la capitale, infanterie, cavalerie, artillerie, tout part avec la résolution de détruire les ennemis du bien public. Cette petite armée rentra hier sous mes yeux. Quatre corps morts la précédoient, seuls bandits trouvés dans la plaine... G'étoient trois lièvres et une perdrix qui désoloient la campagne et qui y avoient mis l'alerte. Ils étoient attachés d'une manière triomphante aux fusils des soldats du premier rang de cette armée, qui a reçu de grands applaudissemens du peuple*.
A Paris, le peuple y est plus qu'inquiet, soupçonneux. Il ne voit que des trahisons dans les moindres choses. On chaîne un bateau de mauvaise poudre pour l'envoyer à la raffinerie d'Essonnes *, sous passeport signé Le marquis de la Salle ', pour M. de la Fayette, qui ne peut suffire à tout. Le peuple croit y voir un traître. 11 remplit la place de Grève, prépare un fatal cordon, demande à grands cris La Salle pour le pendre. I^s patrouilles se réunissent sur la place, au nombre de 400 hommes. Quatre pièces de canon menacent cette populace qui se retire avec le regret de ne s'être pas amusée un moment aux dépens de M. de la Salie, qui a cru prudent de se tenir à l'écart, abhorrant la suspension et donnant sa démission de membre de l'Hôtel de ville. Spectacle manqué pour cette fois! Mais les acteurs pourront être plus alertes lorsque l'occasion se présentera d'avoir une saillie de gaieté.
Cent hommes armés commandés par un avocat se rendent au château de Couilly y revendiquer toute Tartillerie qu'un
1. MM. OariD et Charlon, membres de l'Assemblée des électeurs ayant été envoyés k Provins pour pourvoir à la subsistance de Paris, et y acheter des blés, des voies de fait furent exercées contre eux et ils furent emprisonnés. Quatre commissaires furent alors expédiés pu* l'AMemblée à Provins pour obtenir rélargissemenl des deux prisonniers et se faire clélivror les approvisionnements demandés. Ils partirent dans la nuit du 4 au 5 août, accompagnés de 4U0 hommes de la Garde nationale et de deux pièces de canon iSigisraond Lacroix, Actes ée la Commune de Paris pendant la /iévolulion, t. 1, p. 91-92). Mais les choses s'arrangèrent, l'entente se fit et les commissaires durent renvoyer les troupes avant eux, car ils ne revinrent à Paris que le 10 août, (Ibid., p. 243), alors que, d'après Qoélen. les troupes rentrèrent dans la capitale le 7.