Du comte de Peysac à la comtesse de Peysac, sa mère
(Archires nationales. W 320, doss. 482, n* 40.)
Bonneval*, 27 février 1790.
J'ai reçu, ma chèi*e maman, votre lettre en date du 19 du courant. Cette lettre est laite pour m'affligeretme mettre ledéses-
1. Probablement le château de Bonneval, près Couatac-Boaneral (Haute-Vienne).
poir dans Tâme. Je sais que, depuis le commencement de la révolution, vous n'avez point touché votre pension ; j'en suis pénétré de douleur, mais je n'ai pu parer aux événemens qui sont arrivés et notamment à ceux qui me sont personnels. D'abord, l'on ne paie rien en Limousin. Les tenanciers ne veulent payer aucuns droits ; les fermiers ne veulent point payer, parce qu'ils ne jouissent point. M' le curé de Peysac a empêché que ma banalité me fût servie. Je perds beaucoup sur cet article. Quoique le meunier ait des chevaux, qu'il aille chercher la mouture, personne ne veut la lui donner. M^ le curé a nommé un trésorier pour percevoir tous mes autres droits , comme vigueries, etc., dit à ses paroissiens qu'il falloit venir à main armée chez moi, pour me faire restituer ce que mes ancêtres avoient perçu. En effet, on y est venu, mais je n'y étois point. On a enlevé les cartes. M' le curé leur a fait croire que j'avois miné l'église pour les faire sauter ; en conséquence, ils ont traîné le chevalier de Peysac à l'église, disant qu'ils vouloient qu'il sautât avec eux. Vous me mandez que j'avois des moyens de me faire aimer sans perdre mes droits ; je les emploie. Mais cela n'a point empêché les vexations. Je vois bien que vous n'êtes point au fait de tout ce que le peuple a fait en Limousin. Les seigneurs le plus aimé, tous ont été vexés, pillés, et cela continue tous les jours. Si vous y aviez été, vous auriez été aussi embarrassée que moi. J'ai pour moi l'approbation du Périgord et du Limousin, c'esl-à-dire de tous les gens de bien, et j'en aurois un certificat. Si j'avois resté à Peysac. il y auroit beaucoup de sang répandu, comme à AllassacS Favart* chez M' de Saint-Hilaire et chez M' de Lasteyrie^; en leur laissant la place, je l'ai épargné et je me suis évité le désagrément de donner quittance de tous mes droits, comme ils ont forcé beaucoup de seigneurs à le faire.
Voilà le tableau en raccourci de ce qui se passe en Limousin. Vous me reprochez de n'avoir point fait donner les trois setiers de blé aux pauvres. Ce reproche est mal fondé. Le blé a été distribué ; c'est une calomnie du curé. Tous les jours on distribue du pain aux pauvres. Je ne reçois rien de personne et il m'a fallu payer les impositions qui sont trcs considérables,