‹ Lettres d'aristocratesChapitre 218 sur 541 · LE COMTE DE PEYSAC · texte numérisé non relu

LE COMTE DE PEYSAC

Dans l'espoir de les calmer, nous leur fîmes le meilleur accueil qu'il nous fut possible. Mais leur rage et leur fureur étoient telles que j'étois demi -morte de frayeur tant pour moi que pour mon mari dont je voyois la vie exposée par les efforts qu'il faisoit pour les dissuader d'incendier le château.

On leur servit tout ce qu'ils demandoient, vin et viande, jusqu'à ce qu'il n'y en eût plus. Mais ils avoient beau boire et manger, cela ne leur faisoit pas perdre l'idée du feu. A tout moment, ils tiroient des coups de fusil, disant : « Mettons le feu aux armoires ! S'il y a des papiers dedans, ils brûleront ! »

Je n'en finirois pas, si je vous répétois toutes les insultes que j'ai souffertes sans rien dire. Ils vouloient me prendre ma montre, et j'allois la leur abandonner, quand quelques-uns d'entre eux les arrêtèrent.

Ce tumulte dura jusqu'à 2 heures après minuit. Ils étoient ivres et dirent : « Finissons-en et mettons le feu ! » Mais d'autres s'y opposèrent, en alléguant qu'il valoit mieux passer la nuit au château pour s'y reposer et remettre l'exécution au lendemain. Sur quoi, une partie alla se couchera la paille, et l'autre resta chez nous, où nous mourions de peur ; mais la fatigue et le vin les endormirent bientôt.

Enfin, sur les 4 heures du matin, arrivèrent les cavaliers de la maréchaussée, qui, les trouvant endormis, leur ôtèrenl leurs armes et les dispersèrent sans trop de difficulté. Il n'y eut que trois ou quatre blessés parmi ceux qui firent résistance.

Et notez, Monsieur, que les vociférations et décharges de fusils retentissoient dans tous les environs, sans qu'aucun fermier, ni voisin nous soit venu en aide...

Je suis...

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