‹ Lettres d'aristocratesChapitre 246 sur 541 · De M"* de Givnj à son frère · texte numérisé non relu

De M"* de Givnj à son frère

{Ibid.)

A Paris, ce l*'juin 1791.

our cette fois-ci, mon ami, j'ai presque suivi ton mauvais mple. Mais, en vérité, depuis plus de deux mois je n'ai pas e temps de respirer, et je savois qu'Agathe te donnoit de

nouvelles : ma mère malade depuis le 25 mars ; mon lénagement pour me transporter chez ma sœur à la fin r'ril ; le 8 mai, une course à Méréville* avec M. de la Motte; nilieu de tout cela nos pauvres Ursulines ^ auxquelles on a, ime à toutes les autres maisons religieuses, arrêté leur enu, mourantes de faim. J'ai trouvé un homme de mes amis veut bien se donner tous les mouvemens nécessaires pour

faire payer; mais ce n'est pas chose aisée. Tout ce qu'on xe de titres, pour leur donner du pain, après avoir pris tout ju'ellesavoient, est incroyable. J'ai déjà été passer, à quatre cinq reprises différentes, des journées entières chez elles.

Mért'villc (Seine-el-Oisc, arr. d'Elampes), propriiHé ôe la famille de 1^ Borde. Les Ursulines de la rue Saint-Jacques.

Mais, en vérité, je leur dois bien cela. Voilà, mon ami, la vie que je mène depuis six semaines...

Je ne comprends pas que tu aies tant d'armes à faire. Il me semble que depuis deux ans joute la Nation doit être armée. Ici, à Paris, rien de plus rare que de voir une épée ; mais, en récompense, on ne rencontre que sabres, fusils, baïonnettes. J'aimois mieux les cheveux longs de nos robins...

Le délire pour Mirabeau est un peu calmé; c'est-à-dire qu'après lui avoir fait cinquante et tant de services dans les 33 églises qui restent à Paris, on se contente à présent d'aller brûler des cierges et l'invoquer autour de son cercueil dans le caveau où il est déposé. Sur les billets d'invitation envoyés pour les services, on ne mettoit pas : Pour le repos de Vâme, mais : Vous êtes prié, etc., en V honneur de M. de Mirabeau. Voilà bien qui caractérise noire délire irréligieux. Mais sûrement nous allons avoir encore des farces pour le transport de Voltaire qu'on doit apporter auprès de Mirabeau. On réunira bonne compagnie dans ce caveau!...

Adieu, mon ami,... je t'aime et t'embrasse de tout ce cœur que tuconnois...

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