Du même au même
{Tbid., n» 76.)
Paris, le 28 septembre 1789.
Le charmant discours et la belle leçon de M. Necker à TAssemblée nationale a déterminé les députés à décréter qu'il seroit levé un impôt d'un quart du revenu de chaque particulier, pour faire face aux dettes actives et pressantes, payable dans dix-huit mois*. Ainsi donc vous fixerez le produit net de votre revenu et vous aurez la bonté de vous détacher d'un quart pour le verser au Trésor royal absolument à sec.
M. de Gouy d'Arcy * avoit effrayé la Nation, en déclarant que l'emprunt de 80 millions ne se remplissoit pas et qu'il étoit arrêté à 10. M. le duc d'Aic^uillon, président du Comité des finances, a répondu que le fait n'étoit pas exact, qu'il se trouvoit 10 millions 850.000 livres et des soumissions pour plus de 6 millions. Le lendemain, M. Necker a dit à l'Assemblée que l'on n'avoit porté au Trésor royal que 10 millions. Lequel avoit raison ?
On vous invite à servir vos fricandeaux et votre volaille rôtie sur des plats de bois, si mieux n'aimez cependant acheter de la poterie, et à envoyer votre vaisselle à la Monnoie pour être convertie en espaces. On la prendra à raison de 34 livres le marc, si vous voulez en placer le fonds dans l'emprunt de 80 millions à 5 p. 100 d'intérêt; ou à 4 p. 100, en prenant votre argenterie à 38 livres le marc; ou enfin comme présent à la Nation. Ces trois moyens sont à votre choix. 11 y en a un quatrième, dont je ne vous parle pas, et que je soupçonne qui sera pris par d'aucuns. Mais en général l'argenterie sera rare sur les tables pendant longtemps.
Les drapeaux de notre milice ont été bénis à chaque district. Néanmoins, l'archevêque de Paris les bénit de nouveau hier à sa métropole, où il officia^. Tandis que l'on y chantoit un Te Deunij dans toutes les églises de Paris on faisoit un salut indiqué par le mandement dudit prélat, et à la procession du
1. Séance du 26 septembre i7m{Arch. parl.^t. IX, p. 187-196).
2. I/Ouis-Henry-Marthc. marquis do Gouy d'Arcy, né en 1753. député de Saint-Oommgae exécuté en thermidor au II.
3. Voir le compte rendu de cette cérémonie du 27 septembre dans les Actes de la Commune de Paris, publiés par S. Lacroix, t. II, p. 80-98.
A M. LE PRÉSIDENT DE SAIKT-LUG 23
Saint-Sacrement dans les églises on chanioit le Miserere mei. Quel contraste !
Si la qualité du pain ne change pas avant la cérémonie des Cendres, les prêtres qui la feront pourront avec un morceau nous signer le front, en disant ces mémorables paroles : « Mémento, homo, quiapulvis es !» Et à notre mort nous formerons un monceau de poussière d'autant plus grand que nous en aurons mangé pendant huit mois. Cette nourriture prise en esprit de pénitence nous méritera la faveur céleste. Sera-t-elte 8uÎ3kante ? Nos péchés sont grands et nos maux immenses, occasionnés par le vertige qui règne dans nos têtes.
L'Hôtel de ville travaille toujours en grand, quoique dans un ^t de détresse. Peu lui importe de faire de la dépense, si Paris, qui gouverne toutes les provinces du royaume, vous oblige à partager les frais. C'est là sa vue. Sera-ce la vôtre ? Au reste, si une jeune fille a envoyé son dé d'or à l'Assemblée nationale, un soldat ses boucles d'argent, le duc de Charost ^ y a fait une soumission de 100.000 francs. L'un va pour l'autre. Ce qui me plaît, c'est que l'on ne tue plus à tort et à travers. Mais Ténergumème abbé Fauchet* fit un discours, après la bénédiction des drapeaux à la cathédrale, le plus fou possible et qui fut applaudi à chaque tirade, conune on fait à l'Opéra ou à la Comédie. Les églises sont regardées comme des lieux de spectacle. C'est l'abomination de la désolation de l'Apocalypse.
Adieu.