‹ Lettres d'aristocratesChapitre 251 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

{Ibid.^ 3« partie, D* €9.)

Paris, du 22 avril [1791].

Je ne vous dis dans ma lettre aucune nouvelle, mon cher &eau-frère ; les gazettes répètent tout ce qui se passe ici, surtout le Journal général^.

Tout ce que je puis vous dire, c'est que le Roy est le mortelle

1. Aleiandre-Charles-Anne Lenfant (1726-1792), jésuite prédicateur de Louis XVI.

2. I^ club des Cordeliers avait élé Toiidé en juillet 1790 par les membres du ei-devasl district des Cordeliers. et siégeait alors au couvent des Cordeliers où il resta jusqu'au eo«- ■leocement de mai 1791.

3. Le Journal général, dont le dirccieur était I>ouis-Abel de Bonafous, abbé de Fonteosv i737-lS0(î), fut publié du 1" février 1791 au 10 août i:9S.

A M. FAIVRS 291

plus malheureux de la France et le plus esclave. Pour obéir au peuple, c'est-à-dire à la plus vile canaille, il vient de renvoyer ses gentilshommes de la Chambre et son grand aumônier*. Il a requis pour aumônier le curé de Saint-Eustache ', jureur, auprès duquel il n'avoit pas voulu se confesser. Pour ses gentilshommes de la Chambre, on lui a permis de les garder, non pas comme gentilshommes, parce que cette qualité choque les oreilles patriotiques, mais comme amis, ou hommes de compagnie. S'il est bien sage d'ici à lundi, on lui permettra d'aller prendre l'air de la campagne. On ne peut entendre ces propos sans frémir. M. de la Fayette adonné hier sa démission, ainsi qu'il en avoit menacé la canaille qui n*avoit pas voulu lui obéir l'autre jour. Toutes les sections sont allées chez lui, ce matin, en députation pour le prier de la retirer. L'on espère qu*îl le fera, sous la condition que Ton punira ceux que les clubs ont prônés pour lui avoir manqué et désobéi. Le maire, M. Bailly, n'est pas plus écouté. Dimanche, il a reçu un affront sanglant ». Enfin ici l'anarchie est à son comble. L'on crie partout que si le Roy veut s'en aller, qu'il n'a qu'à donner sa démission et partir ; on en nommera un autre à sa place.

Le duc d'Orléans est violemment soupçonné d'avoir soufflé le feu de la révolte de lundi dernier. Laclos et Sillery étoient, dit-on, habillés en fiacres, criant dans la foule : « Qu'on ne laisse pas sortir le Roy et f.... de la Fayette ! »

Adieu...

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