‹ Lettres d'aristocratesChapitre 262 sur 541 · De M. Claude-Ferdinand Faivre à son père · texte numérisé non relu

De M. Claude-Ferdinand Faivre à son père

(/6id., n»35.)

[Paris], ce 29 juillet 1791.

Mon cher père, je suis arrivé mardi à une heure dans la grande ville. Mon voyage a été des plus heureux. Point de rencontre fâcheuse et toujours le beau temps. Il y avoit dans la voiture MM. Loisc, Pourrot, un cadet du régiment de cavalerie en garnison à Besançon, une femme de chambre et un domestique. A Auxonne, nous avons pris un ancien gentilhomme avec sa femme. Le cadet nous a quittés à Dijon et tous les autres sont venus à Paris. Ma première journée, j'otois avec le conducteur dans le cabriolet. C'étoit un homme qui ne parloit pas et une espèce de rustre. Le lendemain, j'ai acheté une petite chaise de bois, et je me suis mis au carrosse avec tout le monde, à la prière de ces messieurs. Nous avons fait bonne chère toute la route et nous n'avons presque rien dormi, deux heures à Dijon, deux à Ghâtillon, et la dernière nuit, on part aussitôt après le souper. Nous avons toujours mangé ensemble. M. Loise, qui est présentement marié avec madame Prinet, sœur de M. de Ferrière, nous a fait apporter à la dînée d'Auxonne une truite de douze livres dont il nous a fait cadeau. Ce vieux monsieur de Dijon nous a payé du vin de Champagne, à Troyes, tout le long du repas, et en a fait mettre dans la voiture. M. Pourrot nous a régalé d'un déjeuner dans la voiture, qu'il est allé prendre à

Tauberge. Le domestique, ou espèce, car je ne sais pas au juste ses qualités, a donné à goûter encore dans la voiture, de sorte que nous marchions sur les abricots. Mon angloise est couverte de vin que les cahots]de la voiture faisoient répandre aux buveurs sur tout le monde. Enfin, moi, près de Paris, j'ai acheté deux poulets froids et de la pâtisserie dont j'ai régalé à mon tour. Gomme il y avoit encore du vin, j'en ai été quitte à meilleur marché que les autres. L'on est très chèrement dans les auberges ; il nous en coûtoit toujours 45 et 50 sous par repas, et trois sous pour les filles, sans compter ce que ces messieurs payoient à part. Nous avons chanté, bien ri et nous sommes arrivés tous bien fatigués.

En arrivant au bureau des diligences, j'étois dans une grande cour, où il y avoit deux issues. Je ne sa vois si c'étoit à gauche ou à droite qu'il falloit prendre. J'ai pris un homme qui m'a conduit et porté mon sac. Nous sommes arrivés au bout d'un petit quart d'heure à Thôtel ; et ils appellent cela être bien près, j'ai demandé mon oncle au portier, qui m'a dit qu'il étoit sorti, quand tout à coup je l'ai vu descendre les escaliers. Il m'a dit que j'arrivois trop tard et que vous auriez dû m'envoyer quand il vous le marquoit. 11 y avoit un monsieur qui l'attendoit pour le mener dîner. 11 m'a conduit dans sa chambre. Je lui ai dit que j'avois envie de dormir; il m'a enfermé et s'en est allé. Je me suis jeté sur un lit ; il étoit 1 heure et demie, et à 9 heures et demie qu'il est rentré, je dormois encore. Il m'a mené chez un restaurateur ; tout y étoit de glace et la salle étoit superbe. On m'a servi un potage au vermicelle, dans lequel il y avoit au moins deux assiettes creuses ordinaires, un gros morceau de mouton et des herbes dessous, du beau pain, et le tout pour U sols 6 deniers le plat, et deux sols de pain. Dans un plat, il y en a pour deux. On vous donne une carte, et vous demandez quel plat vous voulez. De là, je suis allé au Palais-Royal, et nous sommes rentrés à minuit.

Adieu, mon cher père...

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