‹ Lettres d'aristocratesChapitre 263 sur 541 · De M. Dutailly à M. Faivre · texte numérisé non relu

De M. Dutailly à M. Faivre

{Ibid., 4« partie, n* 68.)

Paris, le 11 août 1791.

J'ai reçu, cet après-midi, mon cher beau-frère, votre lettre, avec la copie de celle que vous avez écrite au lieutenant-

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coloneP. Pourquoi vous adressera un homme que vous ne connaissez point et non pas directement au colonel ? Il n'esl pas décrété, par conséquent il n'est pas mort civilement, ni privé de ses fonctions. Il continue à donner des ordres à son régiment... Ne craignez pas cependant qu'il parvienne sitôt au grade de maréchal de camp ; il n'est pas dans une position assez favorable. D'ailleurs, c'est l'Assemblée nationale qui nomme en fait les officiers généraux : un militaire brave, aimant son Roy, ne veut accepter de récompense de ses services que de lui.

U y a beaucoup de régimens vacans, c'est-à-dire qui n'ont point de colonel. On les offre à plusieurs officiers qui remercient et ne veulent pas accepter. Us disent qu'il est inutile d'être à la tête d'un régiment, quand on n'est pas sûr de se faire I ■ obéir. Deux colonels ont dîné hier et avant-hier ici et sont

venus à Paris pour donner leur démission de leur régint^it, en ajoutant au bas qu'ils n'espéroient de récompense de leurs services que du Roy môme. Voilà notre armée dans un triste état, sans chef, sans officiers, et des soldats sans subordination. Plaise au Ciel nous renvoyer l'ordre et la paix !...

Paris, le 13 septembre 1791 .

. . . Mon cher beau-frère, ... ce matin, le Roy a envoyé à l'Assemblée nationale M. le garde des sceaux avec une lettre portant qu'il acceptoit la constitution, mais qu'il espéroit que Ton feroit grâce et que l'on donneroit l'élargissement à toutes les personnes qui avoient été arrêtées avec lui, môme à celles qui éloient en prison pour prétendue contre-révolution*. M- de la Fayette s'est levé et a fait la motion. Chacun a applaudi, et on l'a décrétée'. J'étois prévenu de cela hier; j'avois fait mes préparatifs pour envoyer un courrier ; je l'ai fait partir à 3 heures. Il doit arriver àOrléans à minuit; il fera 30 lieues dans 9 heures.

1. A nloine-Bemard- Constance Harkm de Meillonas. Iieuicnant-€oloiiel du régiaw* Royal-Dragons, dont le duc de Choiscul élait colonel. Faivre avait écrit à M. de M^Uoa» pour lui recommander son fils aine, cavalier de Royal -Dragons.

2. Cf. la lettre du Roi, datée du 13 septembre, dans les Architea parlemeniairti, I. XX\. p. 620 621.

3. Ce décret fut rendu dans la séance du U septembre (f6r<f., p. 632).

Me voîlà dans la joie de mon cœur et monsieur et madame bien aises. Et l'illustre prisonnier, qui depuis trois ou quatre jours avoit écrit que Ton préparât sa chambre et ses voitures, avec quel plaisir le Roy et la Reine vont le revoir ! Car on a dit que la Reine a pleuré sur son sort, lorsque le père lui en parloit. Toutes les rues de Paris sont illuminées. Le Roy a annoncé qu'il iroit demain à l'Assemblée pour jurer de maintenir la constitution \ Les uns crient après lui; les autres disent qu'il ne pouvoit faire autrement sans exposer sa vie, celle de la Reine et de sa famille. Pour moi, je pense qa'Q a bien fait, puisque cela a procuré la Kberté à notre pauvre prisonnier. Demain le décret sera signé et envoyé à Orléans, de sorte que je le re verrai ici dans trois jours avec le père et la mère.

L'on a encore décrété, ce matin, qu'il n*y auroit que le Roy et le Dauphin qui porteroient le cordon bleu^. Voilà encore une platitude de plus à ajouter aux précédentes. Mais ce décret n'est que réglementaire, et les nouveaux députés pourront y déroger. Tant mieux, car notre marquis est un des premiers à lavoir...

1. Voir le diteours du Roi dans les Archiva parlementairei^ t. XXX, p. 635.

2. « L* Assemblée décrète (|u'aueua Français ae pourra continuer de porter les marqurs dislinctives des ordres supprimés, à i'eiceittion do Roi et du prince ro^al. qui seuls pourront coBflerYer eoiwie îkstinction peroownelle les décorations dont ils sont rerétus • . lÀ/rh. pari., t. XXX. p. 608.)

LETTRES DE M. CONEN DE SAINT-LUC A SES PARENTS; DE M. A. DÉSILLES A M- DE VIREL, SA SŒUR; DE M. DE MAICHE A SES PARENTS ; DE M. DE PONTEL A M. D'ABZAC

(25 MAI i 789 — 4 MARS 1792)

Notice • — § 1. — Dk M. Conkn deSairt-Ldc a ses parbmt9(25 iiiai-17 septembre 1789) — Le voyage d'un jeune officier de Bretagne en Lorraine en 1780. — Concentration de» troupM autour de Paris, à la veille du 14 juillet. — En étapes de Sarreguemines a Patis. — En garnison k Sarreguemînes. — Désordre» en lA>rraine. — Jugemeol de M. 'ie Saint-Luc sur la situation faite k la noblesse. — illusions perdues.

§ 2. — De m. Dé8ill«8 a M"** db Vihkl. sa 8€kur (17 juillet 1790-21 juin 1791). - La fête de la Fédération à Metz et k Nancy. >- Désorganisation de Tarmée.

§ 3. — Dk M. DR Maigre a ses parbrts (24 mai-26 novembre P91). — Incertitudes et perplesilés d'un officier. — Désordres à Arras. — La nouvelle Constitution militaire. — Accroissement de l'émigration. — Faut-il éroigrer ? — Où est le devoir ? — Indiscipline des troupes. — Un aumônier de régiment, ancien tambour. — Conduite inconsidérée de beaucoup d'émigrés. — Premières impressions d'un officier émigré.

§ 4. - De m. de PoifTKT A M. d'Auzac (4 mars 1792). — De Toulon à Neuf-Brisach. - La garnison de Metz. — Préparatifs et bruits de guerre. — M. de La Fayette k Meti. - Emeute dans cette ville. — Anciens et nouveaux officiers.

Dans le naufrage de tout ce qui avait été sa raison d'être, son utilité, sa gloire aussi, rien, je l'ai déjà remarqué, ne fut plus sensible à la noblesse française que la désorganisation de cette armée, qui jusqu'aiors n'avait fait qu'un avec elle. C'est là ce qui rend particulièrement poignantes les lettres que l'on va lire. Que faire en face des graves événements qui se précipitent? Telle est la question que se posent ces officiers, qui, en faction à la frontière de France, se demandent avec angoisse oa est le devoir, s'il est dans une digne retraite, dans les rangs de l'armée nationale, ou dans les camps de l'émigration. Dès 1789, ces sentiments de décoiu^gement et d'inquiétude apparaissent dans les lettres de M. Conen de Saint-Luc * à son père et sa mère *. Ils se précisent, l'année suivante, dans la correspondance d'André Désilles, le héros de Nancy *, avec sa

1. Ange-Maric-Louts-René-Joseph Conen de Saint-Luc, né à Rennes le 21 juillet 17iî7, officier tle dragons; émigré en 1701, il fit partie de l'expédition do Quiberon et fut fosiUé a Vannes le 13 thermidor an 111.

2. Françoise-Marie du Bot avait épousé, en 1758, Gilles-René Conen de Saint-Luc, président à mortier au parlement de Rennes.

3. André-Joscph-Marc Désilles, fils de Marc-Pierre-François Désilles, seigneur de Cambernon et de la Fossc-lngant, et de Jeanne Picot, né à Sainl-Malo le il mars 1767, lieuleoant au régiment du Roi à Nancy, mort, le 17 octobre 1790. des suites des blenuree qu'il avait reçues le 31 août, lors de l'insurrection des Suisses de Chkteauvieux.

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