De M. Conen de Saint-Luc à ses parents
(Arch. nal.. W 423, dosa. 958, 4« partie. n« 73.)
Paris, ce 25 mai 1789.
Mon cher papa et ma chère maman, nous arrivâmes ici samedi 23, à II heures du matin, étant partis de Rennes le jeudi, à 6 heures du matin, après la messe. Quand j'eus le plaisir de vous écrire de Rennes, je n*avois pas encore fait toutes mes visites ; ainsi, je ne pouvois pas vous en rendre compte. Mais maintenant je vais entrer en détail. Après dîner, je fus voir la petite dame de Ghampeaux*, que j'ai trouvée parfaitement; elle m'a beaucoup demandé de vos nouvelles et de celles de mon oncle ^ ainsi que de la chère Euphrasie qu'elle avoit su avoir été incommodée, cet hiver. De là, je fus voir les demoiselles Hardi, qui me sautèrent au col en me voyant, chose qui ne laisse pas que d'être fort agréable pour un cavalier de 21 ans. Aussi cela m'enhardit, et nous causâmes longtemps. De là, je poussai ma tournée jusque chez M. Desnos* que
1. Julienne-Michelle Désilles, sceur d'André Désilles, avait épousé Henry-Augustin du Fresne de Vircl, seigneur du Flessis-Virol.
2. François-Xavier-Joseph Gujot de Maicho, né vers 1 76 i, capitaine au régiment do Bourboo-lufanlcrie, àArras.
3. Joseph- Alexandre-Nicolas Guyol de Maiche, ancien conseiller au parlement de Besançon, habitait avec sa femme à Besançon ou dans sa terre de Maiche, près Saint-Ilippolyto (Ooabs).
4. Étienne-Pierre de Pontet, ancien offlcier au réjï^imont de la Marine à Toulon. Envoyé k Neof-Brisach, à l'arm^'C du Rhin, il émigra peu aprè!».
5. Bornard- Augustin d'Abzac. né on 1742. capitaine au répriment de la marine à Toulon. U avait épousé M"* do Prcssac de Lille de Lioncel. Il fut guillotiué le i4 nivùno an II.
a. Peut-être Julienne-Marguerite I^ Mézcc du Parco. veuve de René de (Ihampeaux, seigneur de Trégouei. Les Champeaux avaient eu deux alliances avec la famliiedu Bot. famille maternelle du jeune Saint-Luc.
7. L'évéaue de Quimpor, Toussaint-François-Joseph Conen de Saint-Lac (voir plus haut p. 6, n. I).
8. Peut-être Cbarlet-Mario Desnos de la Grée (1761-1818}, avocat au parlement de Reaaes.
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je trouvai fort bien, mais un peu inquiet au sujet de sa fiile aînée qui avoit la rougeole. Nous causâmes fort peu, et il ne roe parla de presque rien. Il me dit pourtant que mon papa lui avoit écrit plusieurs fois cet hiver, et qu'il ne lui avoit pas exactement répondu, parce qu'il craignoit que les lettres ne fussent ouvertes et qu'il trouvoit que mon papa disoit sa façon de penser avec trop peu de précaution... Voilà, mon cher papa et ma chère maman, un compte exact de ma conduite de ^ Rennes.
Passons à présent à celui de ma conduite de Paris. Le samedi, après avoir logé ma voiture et avoir dîné, je fus chez M. de BarrinS que je trouvai. On me reçut fort bien et on me demanda beaucoup de vos nouvelles. Je les remerciai d avoir bien voulu faire afficher aux cafés du Palais-Royal, et je leur demandai s'il s'étoit présenté quelqu'un *. Ils me dirent qu'il étoit venu deux messieurs. Je fus tout de suite les trouver. Il mais ils avoient changé de projet et me laissèrent le bec dans
l'eau. Heureusement pour moi que hier, en me promenant au Palais-Royal, je rencontrai un Breton, un officier d'artillerie, qui étoit mon grand ami à Verdun et qui me pria de lui donner une place jusqu'à Verdun, de manière que je n'aurai que 30 lieues à faire seul. Encore peut-être trouverai-je camarade. Nous partons ce soir, à 7 heures. S'il eût été possible, j'eusse parti plutôt, car je trouve que l'air de Paris est furieusement cher, malgré toutes les économies possibles, car je n'ai encore pris aucun fiacre, ni été à aucun spectacle...
Adieu, mon cher papa et ma chère maman, recevez les tendres embrassemens du plus respectueux des fils.