Du même à sa mère
{Ibid., n» 28.)
Sarreguemines, ce 4 juillet 1789.
Je reçus hier, ma chère maman, la lettre du 23 que vous m'avez fait le plaisir de m'écrire ; car quoique vous y paroîssiez me battre à froid, à cause que je me suis permis de témoi-
1. Augusliu-Félix-ÉIisabeUi de Barrin, comlo de la Gallissonnière (1742-1828), narécka de camp, dt^pulé de la noblesse d'Anjou aux Elals géuéraux.
2. CosUà-dire un compagnon de royage pour le jeune Saiol-Luc, afin de diminuer d*»«lanl SCS frais de roule.
A SA MÈRB 307
^ner à mon frère * combien m'avoit été sensible la lettre que vous m'écrivîtes il y a trois ans, les lettres que j'aurai le bonheur de recevoir de vous, ma chère maman, surtout celles où votre tendresse vous engagera à m'y donner de bons avis, seront toujours pour mon cœur un gage bien précieux, puisqu'elles seront le témoignage de votre tendresse maternelle. Continuez donc à m'en donner, ma chère maman, de ces bons avis et soyez sûre que votre fils met toute sa gloire et son bonheur à tâcher de satisfaire la plus tendre des mères. Vous connaissez son cœur ; c'est vous qui l'avez fait. Pouvez-vous douter de ses sentimens?...
La misère continue toujours ici. Depuis que j'y suis, il n'a pas cessé de pleuvoir, si ce n'est depuis deux jours seulement. On craint bien la famine et les révoltes, car il n'y a pas de blé. Tous les jours, de crainte de révoltes, nous escortons des convois de blé qui passent pour Paris et Metz. Vous avez sûrement su tous les troubles qu'il y a eu à Paris. Les Gardes françoises ont refusé de marcher contre la populace qui cntouroit le Roy et ont été condamnés à aller aux ttes pour punition de leur rébelHon. Tous les jours on envoie des troupes aux environs de Paris ; on dit qu'il va y avoir un camp de 30.000 hommes. Nous avons reçu nos ordres hier, à 2 heures, après-midi, pour partir pour Versailles, et demain, à 7 heures, nous nous mettons en route, sans savoir si nous aurons contreordre ou si nous y resterons longtemps. Tout ceci devient fort sérieux et fait faire de tristes réflexions.
Adieu, ma chère maman, écrivez-moi le plus souvent que vous pourrez... Je vous embrasse...