Du même à sa mère
(Ibid., !!• 73.)
Sarreguemines, ce 27 août 17
J*ai reçu le 24, ma chère maman, la lettre du 16, qi me faites le plaisir de m'écrire. L'assurance de votre
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santé et de votre tranquillité, même au milieu des troubles, m'a soulagé d'un grand fardeau et délivré de cruelles inquiétudes ; car ce n'est pas sans émotion que je décacheté vos lettres, sachant tout le trouble qui vous environne. Que de grâces n'avons-nous pas à rendre à la bonne Providence de vous conserver sauve et tranquille au milieu d'un trouble universel. Mais il est bien vrai aussi que la plupart des gentilshommes, qui ont essuyé de si fâcheux contre-temps, se le sont bien attiré et l'ont bien mérité par leur conduite envers leurs vassaux ; car il est probable qu'un gentilhomme, au contraire, vivant dans ses terres, s'occupant du bien de ses fermiers et aidant à leurs besoins, les faisant travailler et faisant vivre ceux qui en ont besoin, bien loin d'avoir quelque chose à ^1 craindre de leur part, a dû trouver au contraire en eux un
^ soutien et un appui. C'est cette idée, ma chère maman, qui
m;\ m'a toujours tranquillisé à votre sujet ; car je n'ai pas pu ima-
Pl giner que des gens, à qui vous ne désirez que de faire du bien,
^^ aient pu se révolter contre vous. Mais hélas ! à présent on ne
'k^ doit plus compter sur rien ; car où il n'existe plus ni respect,
fjç^ ni obéissance, ni subordination, ni principes, ni religion, ni foi,
i^r ni loi, on ne doit plus s'étonner de rien. Ah I ma chère maman,
^^^: quel siècle ! Que vous avez bien raison de dire que la sotte et
fausse philosophie d'aujourd'hui n'engendre que crimes et ^i horreurs. C'est bien aujourd'hui que je commence à croire ce
que vous m'avez dit bien souvent et sur quoi j'ai souvent disputé, que le bon vieux temps étoit bien préférable à ce siècle éclairé ; car s'il y avoit un peu de barbarie dans son fait, il n'y avoit pas du moins cette inimitié et cette mauvaise foi qui se fourre partout ! . . .
J'attends avec grande impatience, ma chère maman, quel doit être mon sort, au sujet de la lettre que le chevalier de la Villesbrune Wous a écrite concernant mon semestre. J'espère que je serai heureux et que vous me permettrez de venir partager vos inquiétudes. Car jugez quelles seroient les miennes» si j'étois obligé de passer l'hiver aussi éloigné de vous et vous sachant au milieu des troubles. Oui, oui, ma chère maman, j'espère vous embrasser et partager vos inquiétudes sur un royaume qui est bien malade. C'est cette douce espérance qui me fait supporter l'ennui que nous éprouvons tous à Sarreguemines...
Adieu, ma chère maman, permettez que le plus tendre et le