‹ Lettres d'aristocratesChapitre 273 sur 541 · Du même à sa mère · texte numérisé non relu

Du même à sa mère

{Ibid., 4» partie, n* 76.)

Sarreguemines, ce 17 septembre 1789.

Je viens de recevoir, ma chère petite maman, votre lettre du 6 du courant, où vous me faites le doux plaisir de me permettre d'aller passer l'hiver avec vous. J'espère que ce sera enlin bientôt et qu'au commencement d'octobre, j'aurai le plaisir de me jeter dans les bras de la plus tendre et de la meilleure des mères. Oui, ma chère maman, votre fils 'aura le plaisir de vous embrasser bientôt, car nous comptons partir le chevalier de la Villesbrune et moi aussitôt la revue de l'inspecteur, qui se fera à la fin du mois...

Je vous conseille très fort, ma chère maman, d'accepter toujours la place qu'on vous propose pour mon frère, quoiqu'elle ne me plaise guère. Mais vous serez toujours à môme de le retirer de l'infanterie pour le faire passer dans la cavalerie, dès qu'il aura une place. Pour moi, je pourrai bien lui donner bientôt ma place, car j'avoue que je vois qu'il n'y a guère de débouché au service et qu'il commence très fort à m'ennuyer. Mais, avant de le quitter, encore faut-il avoir un sort. Nous travaillerons ensemble cet hiver, ma chère maman, à tâcher de m'en procurer un, et je laisse ce choix à votre tendresse. Je crois qu'il est à propos qu'un jeune homme serve un peu, puis qu'il revienne voir ses pénates, qu'il se marie et qu'il s'occupe tranquillement du bonheur de ses domestiques et de ses vassaux ; car je commence à croire qu'il est bien plus beau d*ètre aimé et de faire du bien à des malheureux qui vous bénissent toute leur vie, que de faire une belle manœuvre ou d'être en faveur chez madame la baronne une telle.

Adieu, ma chère maman...

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