‹ Lettres d'aristocratesChapitre 274 sur 541 · M. ANDRÉ DÉSILLES · texte numérisé non relu

M. ANDRÉ DÉSILLES

1. — De M, André Désilles, capitaine au régiment du Roiy à A/"' de Virel, sa sœur^ en son hSlely à Cadteaubrianty en Bretagne,

(Arch. nat., W 274, doss. 59, 4« partie, n« 99.)

A Nancy, ce 17 [juillet 1790].

Copie dune lettre de Metz, dw 15. — « Il est enfin passé ce grand jour de fôte à jamais mémorable dans nos annales, Tépoque de la corruption et du renversement de tous les principes. H n*a rien eu ici de bien remarquable, si ce n'est qu'il paroît avoir été frappé du sceau de la réprobation du ciel qui pendant toute la cérémonie a versé sur nous un torrent d'eau glacée. Gomme nous sommes une nation régénérée, il a jugé qu'il étoit à propos de nous rebaptiser, de nous laver des vices et des horreurs dont nous nous sommes souillés jusqu'ici. Puissions-nous en devenir meilleurs et voir ensuite les verliis, comme les plantes nouvelles, éclore du sein de la corruption ! Puisse le ciel borner ici sa juste colère et que de plus grands maux n'achèvent pas de ravager cette terre ! Ainsi soit-il !

« Au demeurant, voici le détail de l'affaire dont tu m'a chargé de te faire le délail succinct. A peine étions-nous sur le champ de bataille, il étoit alors 10 heures et demie, qu'une pluie abondante et froide, poussée par un grand vent, nous a percés jusqu'aux os. A midi tous les officiers, ceux de TElatmajor, tous les médecins, chirurgiens, apothicaires, et tous les drapeaux, étendards de troupes se sont portés vers l'autel de la patrie, où étoit M. de Bouille avec les municipaux. M. de Bouille a prononcé le serment ordinaire, et nous avons tous levé la main, en invoquant la justice céleste pour les martyrs de la Révolution et pour le rétablissement de notre ancienne monarchie. Ensuile, nous sommes retournés à nos corps auxquels on a fait prêter le même serment. Puis on a défilé devant le respectable autel, où étoient placés les municipaux et M. de Bouille, et comme si l'on doutoit encore de la pureté de nos consciences, chaque compagnie s'est arrêtée et a de nouveau levé le pied et la main, en jurant et aboyant les cris

A M™° DE VIREL

de Vive la Nation. Quelques-uns ont crié Vive le Roy. sais si on a songé à notre brave général. Je ne Tai pa prononcer. Il étoit 1 heure passée, quand nous sonnmes rei crottés jusqu'au dessus de l'échiné. Nous avons été chai puis nous sommes revenus prendre la troupe que nous i conduite en cadence au civique festin, festin qui doit avo composé de 12.000 à 15.000 convives. La garnison, sold officiers, avoit demandé que ces dépenses fussent conv en aumônes ; la municipalité n'a pas voulu. Rien n'étoit il a fallu deux grandes heures pour faire défiler les bout sur les tables. Un grand nombre ont été lampées avantd'ar Après quoi, tout le monde s'est placé comme il a pu mouroit de faim et de soif, en sorte qu'en moins d'une < heure tout a disparu. C'est ici où commence le brillant fête. Les tambours, les musiques donnent le branle, toi citoyens et citoyennes se confondent avec les troupes, ( un mouvement d'électricité générale tout le monde ent cadence. Là, on voit des groupes qui marchent ici et là a de la caisse ; ici, ce sont des ronds et des farandoles, i de femmes, de prêtres, de moines, de soldats-citoyens citoyens-soldats, de municipaux en échappe et de que officiers par-ci, par-là. J'ai été raccroché par une femn^ m'a forcé de danser ; j'ai fait danser B*** L*** Nous avom Vive la nation, de la meilleure grâce du monde. Nous i été obligés de trinquer avec le Tiers et le quart et de fai un mot toutes les folies possibles, pour donAer une id notre civisme. Je n'ai jamais rien vu de si fou. C'étoi bacchanales complètes. Il est dommage que, vers 7 heur pluie soit venue mettre lin à cette grande gaieté, car vraisemblable qu'elle auroit été poussée bien avant da nuit et qu'alors on auroit fini par des sacrifices à Vénus. qu'il en soit tout s'est passé sans bruit.

« Aujourd'hui, il y a eu une seconde représentation poi hommes qui sont de garde. Le folie a repris ses grclotî court les rues. On n'est pas aussi tranquille. On débite q dame a reçu 40.000 livres pour soulever les troupes. Il es de te dire que les bas-officiers et vieux soldats ont paru I pendant la cérémonie. »

Un de mes amis a reçu cette lettre de Metz. J'ai cru q pourroit te faire plaisir. Nous n'avons eu de commun Metz qu'une grande pluie qui nous a détrempés pendî civique serment. Nous n'avons eu, Dieu merci, aucun f

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318 M. AMDRB DÊSILLBS

I^ municipalité ne s'étoii constituée en frais que pour Tautel; encore la moitié en a-t-elle tombé pendant la céi^^monie. Elle avoit assez lair d'une potence. Chaque corps avoit fait distribuer, ce jour, 20 à 30 sols, à leurs soldats. Ceux-cî les ontmis i profit pour se saouler toute la journée et même toute la nuit. La moitié n'étoit pas rendue pour Tappel ; mais on a fermé les yeux. Ils ont parcouru les rues en chantant, en criant, mais ils n'ont commis aucun désordre. Pendant ces deux jours-ci, on s'en est encore senti, mais beaucoup moins.

Nous sommes maintenant dans une grande incertitude sur notre sort. Si la constitution militaire qui va paroitre, bonne ou mauvaise, ne nous convient pas, nous pourrons prendre notre parti. Dans tous les cas, elle doit donner des moyens de mettre en vigueur la discipline, sans laquelle un corps militaire ne peut subsister.

Le paysan ne paie pas beaucoup dans ce pays-ci ; mais on est tranquille de ce côté-là. Je voudrois bien que Ton pùl en dire autant de notre malheureuse province. On ne peut rien attendre que du temps !

Adieu, ma chère amie, continue toujours à me donner de les nouvelles et de celles de ton mari* et de ton fils*. Je vais écrire à Thérèse^. Je suis impatient de savoir si elle sera arrivée bien portante chez elle, ainsi que son petit poupon*.

Embrasse pour moi ton mari et ton fils.

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