‹ Lettres d'aristocratesChapitre 281 sur 541 · U. DE MA.ICHE · texte numérisé non relu

U. DE MA.ICHE

On a lu au club des Jacobins de Paris un mémoire concernant le projet du licenciement de tous les officiers ci-devant nobles de l'armée de terre *. Dans quelques jours, l'Assemblée doit prononcer sur cet objet, et il n'est pas difficile de prévoir quel en sera le résultat. Au surplus, rien n'est moins énoncé que l'opinion de ces mômes officiers : les uns affichent, avec une imprudence tout au moins déplacée, l'horreur que leur inspire la Constitution ; les autres (il faut cependent convenir que c'est le très petit nombre) adoptent avec enthousiasme les décrets de nos législateurs ; plusieurs sont vacillans ; une grande partie est retenue par la perte d'un état auquel ils ont sacrifié les trois quarts de [leur fortune], si on pouvoit encore la supposer existante. La pénurie du numéraire est si grande que, depuis deux mois, les officiers ne touchent leurs appointemens qu'en assignats, sur lesquels il perdent ici jusqu'à 18 p. iOO.

Comme on a remarqué que chaque jour voyoit s'augmenter le nombre des émigrans et que les préparatifs de plusieurs puissances semblent annoncer une invasion prochaine, on a décrété que tout François surpris les armes à la main contre sa patrie seroit puni de mort, et que tout citoyen convaincu d'avoir voulu débaucher des soldats ou fomenter quelques révoltes contre la constitution seroit condamné à 24 ans de cachot-. Bruxelles et Tournai abondent de François. Plusieurs, après avoir mange le peu d'argent qu'ils possédoient, ont pris le parti de s'engager dans les troupes autrichiennes. Je connois beaucoup d'officiers qui sont résolus de prendre ce même parti, lorsque l'ordre du Roy sera venu ; mais je crains que l'aveuglement n'entraîne leur esprit et ne le repaisse d'illusions. Chacun fait, en attendant, ses dispositions, et travaille à son paquet. Le moment est rude. Mais l'affliction en aggraveroil encore le poids , sans y remédier. Se résigner, je n'ose pas dire, espérer, voilà quelle doit être la devise de bien des gens.

Vous connoissez les sentimens de celui qui vous écrit. Communiquez-les, je vous prie, aux personnes qui vous entourent et ne doutez pas de la part principale que vous avez et que vous aurez toujours dans les vœux qu'il forme avec tous les honnêtes gens et tous les amis de l'ordre et du bien public.

1. Voir nolaroment sur ce point les discours au club des Jacobins de M. Maelieaou<l< De«ffrange8 (K^ance du 27 mai, dans Aulard, La Société de» Jacobin»^ t. U, p. 453 et sair et de M. AuLhoine (séance du 2 juin, ibid.t p> 471 et suîrantes).

t. Arliclcfl volés le 6 juin 1791 Arch. pari., l. XXVII. p. 13 et suir.)

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