‹ Lettres d'aristocratesChapitre 282 sur 541 · A LA MARQUISE DE MAICHE · texte numérisé non relu

A LA MARQUISE DE MAICHE

3. — Du même à la marquise de Maiche sa mère, en son château à Maiche.

(Ibid.)

[Arras], ce 16 juin 1791.

J'ai reçu les 800 livres que vous avez eu la bonté de me faire passer, et je vous prie d'en recevoir mes remerciemens. Les assignats commencent à perdre ici jusqu'à 20 et 22 p. 100, lorsqu'ils sont de 100 francs, et 30 et au delà lorsqu'ils sqnt de 500 livres. Pour obtenir seulement un échange de l'assignat de 500 livres que vous m'avez envoyé en assignats de 100 livres, il m'en a coûté 15 livres. Au reste tout le monde en est réduit là, et si cela continue, nos aubergistes refuseront de nous donner à manger eu égard au discrédit des assignats, seule monnoie dont nous puissions les payer, puisque nous ne percevons nos appointemens qu'en assignats .

Nos soldats sont plus indisciplinés que jamais. L'Assemblée a décrété un serment d'honneur pour tous les officiers *. Il est actuellement question de savoir si on peut, si on doit le prêter. Nous attendons le retour de deux députés, l'un à W[orms], et l'autre à P[aris], pour nous décider sur cette matière importante. Au premier coup d'œil, il semble qu'on ne doit pas hésiter. Mais quelque évidente que paroisse être cette décision, la chose en elle-même est d'un poids trop important pour le sort de la France, la conséquence de son résultat doitavoir une influence trop grande sous tous les rapports sur la Constitution elle-même, pour ne pas en combiner scrupuleusement toutes les faces, tous les côtés, tous les points quelconques. J'aurai soin de vous mander le résultat de notre décision.

On vient de décréter que les domestiques pouiToient êtr? élus députés à l'Assemblée nationale, pourvu qu'ils abandonnassent le service pendant leur législature. Il m'a semblé qu(r ce décret est un de ceux qui caractérisent le mieux le genre de gouvernement auquel on a voulu nous soumettre.

Notre aumônier, d'abord tambour au régiment, puis opérateur et carme apostat, après avoir été nommé curé constitutionnel, s'est permis, avec une de ses ouailles des démonstrations de joie si peu modérées que la faculté a retardé do quarante jours la prise de possession de sa cure. Le malheur

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