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En garnison à Toulon, où il avait connu M. d'Abxac

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uns, qu'ils passeront de l'autre côté ; les autres, que le premier coup de fusil sera contre les gardes nationales ; les autres tout frais émoulus des clubs disent qu'ils défendront la patrie; ceux-là font basse continue. Vous voyez que le concert est bien discordant. La composition des officiers qui ont remplacé ceux qui sont émigrés, ce qui va aux deux tiers au moins, est hideuse. On les appelle des Ricols. Vous devez vous rappeler de cette petite pièce des Variétés S où un colonel laisse ses habits à un nommé Ricot et prend les siens, et le valet lui persuade qu'il est effectivement son maître. L'on suppose que le règne de ces officiers ne sera pas long et ne sera qu'un rêve comme celui de Ricot; je désire que la comparaison soit juste.

M. de la Fayette étoit à Metz lors de mon séjour, et en est parti le mercredi des Cendres, comme moi. Il est mandé à Paris ainsi que les maréchaux françois Rochambeau et Luckner. Je ne me suis pas trouvé digne de lui faire ma cour. Je ne l'ai point vu et me suis tenu avec le peu qui reste de ma famille, excepté mon frère, duquel les circonstances m'ont séparé, et mon homme d'affaires pour faire de l'argent à quelque prix que ce soit. 11 m'en a coûté 42 pour cent, n'ayant pas voulu m'embarquer sans biscuit pour une navigation dont je ne connois pas la fin et [désirant] me mettre à même de faire ce que les circonstances actuelles me prescriront.

Il y a eu, pendant mon séjour à Metz, une scène qui auroit pu devenir sérieuse, si le peuple y étoit méchant. Les assignats en sont le sujet. Le peuple imagine que ce sont les Juife qui sont la cause de leur baisse, et s'est porté en conséquence, d'abord successivement, ensuite en foule, dans la rue proscrite, en a rossé quelques-uns, ensuite cassé généralement toutes les fenêtres. L'on a battu la générale quand tout a été à peu près fini. C étoit à qui n'iroit pas de la municipalité et de M. de La Fayette. La municipalité a été la plus brave, mais a couru des risques et a été insultée. Le second est arrivé une heure après, a demandé humblement les ordres du maire, qui lui a répondu que tout étoit fini, et il a eu la satisfaction d'entendre dire : « Toujours trop tard » ! Il est vrai que c'étoient de mauvais plaisans d'oisifs et de spectateurs.

Je suis arrivé ici le 25 février. J'ai été reçu le 26. Il reste 26 officiers présens, dont plus de moitié sont officiers de

1. Bicco, comédie en deui acles de J.-A. Bourlain-Dumanianl. représenta pour la | mière fois à Parin lo 26 novembre 1789, fut un des succès de l'acteur Beaulieu.

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mérite, les autres des soi-disant Ricots. Je ne connois le premier lieutenant-colonel que sous le rapport d'un homme fin et excellent patriote; le second est un galant homme, quoique gascon ; je le connoissois et Taimois ; il m'a témoigné beaucoup de plaisir à me voir arriver, se trouvant très isolé. Quant aux autres officiers, le second lieutenant-colonel m'a dit que ce qu'il y avoit de mieux étoit parti, que le peu qui restoient le seroient incessamment. Ainsi vous devez juger de la perspective de ma société et de l'agrément que j'ai devant les mains. Je succède à,un homme qui de l'abus de l'autorité le plus excessif, de l'arbitraire le plus criant a passé au civisme le plus aveugle, en a imprégné tous les individus que j'ai à commander. Ils sont tous décorés par son ordre, officiers et soldats, d'un ruban de laine aux couleurs nationales à la boutonnière. J'ai l'imprudence d'être le seul qui ne donne pas dans ce méchant enfantillage. J'apprends que cela fait jaser, que le Club retentit de tout ce que vous vous imaginez bien de plus méchant ; mais je les attends.

Vous devez juger que je suis surchargé d'occupations. Mes momens de récréation, dans un séjour aussi triste et dans une position aussi désagréable, sont de m'en tretenir avec mes amis, de me soulager de mes peines en les leur confiant. C'est à ce titre, que je réclamerai toujours avec un nouveauplaisir, que je m'y livre aussi longuement. Quelle différence du régiment de la Marine à celui-ci î Là, la seule crainte d'un mal futur facile à parer, étant aussi bien secondé ; ici, le mal existe, point de moyens pour y remédier, seul, environné de gens qui m'examinent, m'épluchent et cherchent à coup sûr à me trouver des torts.

Les assignats font ici la guerre la plus sûre à la Constitution. Personne n'en veut, et le commerce ne se fait qu'en numéraire. Vous pouvez juger de l'embarras de ceux qui ne reçoivent que ce papier pour subsistance. Ils perdent maintenant 32 et plus ; encore ne trouve-t-on pas du numéraire quand l'on veut.

Les volontaires nationaux s'en vont et sont dégoûtés. Leur amour pour la gloire cède à celui de l'argent, dont ils n'ont pas tant qu'ils veulent. D'ailleurs, l'approche du danger, des exercices fréquens, moins de licence, des officiers grossiers, ne sachant point manier l'autorité et tout étonnés de commander, voilà [ce qui éloigne] les défenseurs de la patrie.

Au moment où je vous écris, je reçois la nx)uvelle que la garnison de Landau est dans la plus grande insurrection, que

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