‹ Lettres d'aristocratesChapitre 306 sur 541 · Du marquis de Vibraye au maréchal de Broglie · texte numérisé non relu

Du marquis de Vibraye au maréchal de Broglie

{ibid.) J

a Bruxelles, ce 11 décembre 1791. '^

Monseigneur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de ^mI

m'écrire, le 4 de ce mois, m'a causé la plus grande surprise. ^

Elle m'a paru être une réponse à une demande que j'aurois j

faite; et cependant si vous avez bien compris le sens de la ||H

lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser le 26 novembre v|

dernier, vous avez dû voir que c'étoit moi au contraire qui Ij

répondois à une question que M. de la Queuille a faite à tous }^

les officiers généraux, d'après une lettre de vous, Monseigneur, ^^

et de la part des Princes. Cette question étoit de savoir quels - 'è

étoient ceux d'entre eux qui désiroient d'être employés. J'ai *^

eu l'honneur de vous répondre, Monseigneur, que mon inten- jjpl

lion n'étoit point de me lier avant le temps où je croirai pouvoir être utile, ayant alors la ressource de servir comme soldat, si je n'ai pas l'honneur de commander, ce dont je n'ai pas l'ambition. Voilà ce que j'ai eu l'honneur de vous mander, devant croire, d'après les termes de votre lettre à M. de la Queuille, j^

que dès ce moment les Princes vouloient faire des dispositions ^

préliminaires, dans lesquelles les affaires que j'ai en France et qui m'obligent d'y aller bientôt ne me permettent pas de m'engager. Voilà mes dispositions dans lesquelles je persiste.

Je suis avec respect...

H. — De M, René-Florian Le Mintier au marquis de Vibraye, à Bruxelles,

{Ibid.)

A Worms, 30 août 1791.

Quoique la date de votre lettre, mon cher Général, soit du 22 de ce mois, je ne l'ai reçue qu'aujourd'hui. Soyez très assuré, je vous prie, que je ne l'aurois pas attendue, si j'avois

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eu à vous annoncer l'approche positive du moment que nous désirons. Je Tignore encore entièrement. Mais vous allez juger que nos espérances paroissent évidemment fondées et devenir de plus en plus prochaines. Quoique ce ne soit pas par noire chefs que vous savez n'être pas très communicatif, j'ai appris qu'un courrier, parti de Vienne le 21 , qui a passé ici et qui est arrivé le 26 à Coblentz, a rapporté que M. le comte d'Artois avoit été parfaitement reçu par l'Empereur. Après deux conférences, où le Prince lui a présenté tous les détails de notre position et tout ce qu'il en attendoit, ils ont été d'accord de tout. II paroît que Ton est convenu que Monsieur, au moyen d'un manifeste, va prendre le titre de Régent du royaume, qu'il conférera à M. le comte d'Artois le titre de lieutenant général du royaume, quelques-uns ajoutent à M. le prince de C[ondé] celui de généralissime des troupes. Le manifeste doit se faire à Pillnitz, où l'Empereur, le roi de Prusse et M. le comte d'Artois ont dû se réunir le 25. Leur conférence a dû avoir lieu le 26, 27 ou 28, l'Empereur voulant que le roy de Prusse fût d'accord des bases du manifeste, afin que toutes les déclarations, que lui et le monarque prussien auront à faire d'après cela, fussent conséquentes. Si, comme il faut s'en flatter, tout s'est arrangé pour le mieux, M. le comte d'Artois sera reparti le 29 de Dresde. 11 s'arrêtera 24 heures à Gassel, pour y traiter avec le Landgrave * pour un corps de 12 à 15 mille hommes hessois. L'Empereur a consenti à être caution du subside qu'il faut au Landgrave. Nous devons, d'après cela, voir bientôt du mouvement dans les troupes autrichiennes et prussiennes ; mais il faut du temps pour les approcher de nos frontières. Malgré tout l'empressement dont nous sommes animés, malgré la nécessité urgente d'agir, on ne peut encore précisément en prévoir Tépoque. Au surplus, M. le comte d'Artois a été reçu à Vienne, même par le public, avec autant de grâce que de distinction, et l'Impératrice ^ a été charmante pour lui. Quand il a paru à la Comédie avec elle, il a été fort applaudi et à plusieurs reprises. Il a logé chez l'ambassadeur d'Espagne*. Le marquis de Noailles* n'a osé paroître devant lui, et n'est plus compté pour rien à la Cour.

1. Louis-Joseph, duc de Bourbon, prince de Condé (,1736-1818).

2. George Guillaume, landgrave et électeur de Hesse-Cassel (1743-1821). li. Léopold II avait épousé l'infanle espagnole Uario-Louise.

4. E. Daudet. Histoire de lémigration, 1905, iu-8*, t. I, p. 87.

■>. Emmanuel Marie-Louis, marquis de Noailles (17-i3-1822), ambassadeur à Vienne, de 17)S3 i i79i.

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