‹ Lettres d'aristocratesChapitre 339 sur 541 · De la même à la mêm · texte numérisé non relu

De la même à la mêm

{Ibid., n» 38.)

De Tournai, ce 20 mai [1791].

J'ai de bien grands torts avec vous, ma chère petite, car je ne vous ai pas encore parlé de tout le plaisir avec lequel je vous ai su accouchée heureusement et d'un garçon comme vous le désiriez*...

Je m'afflige souvent de vous voir décidée à rester en France malgré toutes les horreurs qui s'y passent et celles qui paroissent inévitables pour l'avenir. Le désir d'y retourner es! à présent bien éloigné de moi, et je crois, ma chère petite, que vous le concevrez d'ici à quelque temps et regretterez de n'avoir pas été aussi croyante. Notre position en vient tous les »ours à un nouvel excès de malheurs ; et les événemens, qui

1. BoDDe-Marie-Félicité de Montmorency- Luxembourg, femme de Armand-Louis, marqo». puis duc de Seront.

î. Probablement Anne-Félicité-SimoDe de Sérent, mariée en 1799 à EUenne-Cbartos, dwr de Damas-Crux.

3. Marie- Franroise-Auguslinc-Ursulc Le Danois, comtesse de la Marck, femme et Augusle-Marie-Kaymond, comte de la Marck, morte en 181u.

4. Antoiuc-CUrétieu de Cliatcaubriand, né le 27 avril 1791, raoK jésuite à Turin en 1U3.

pourroient seuls y mettre un terme, peuvent être eux-mêmes si cniels que l'on ne sait quels vœux on doit former. En attendant, l'on danse et Ton s'amuse à Bruxelles plus que l'on ne Ta fait à Paris dans les temps les plus heureux. J'y ai été la semaine passée et j'y retourne après demain, pour aller de là faire un petit voyage en Hollande. Nous avons à présent ici une quantité prodigieuse de jeunes femmes. Il arrive tous les jours un monde énorme, et Ton est obligé de se former une petite société particulière ; mais Ton a Tennui des visites comme à Paris et, deux ou trois fois par semaine, de grands soupers de trente personnes. 11 n'y a pas d'ailleurs des plaisirs très vifs, ce que je trouve bien plus convenable, dans les circonstances où nous nous trouvons, que les fêtes de Bruxelles. M"*** de Caumont y est depuis quelque temps et y a les plus grands suo cès^M"® de Léon y est toujours, mais ses parensen sont partis. Adieu, ma chère petite...

7. — De la même à la même, « hôtel de Rosambo, rue de Bondi^ à Paris.

(/6iU. a» 22.)

[Trêves, juin 17911.

Je ne puis vous dire, ma chère petite, combien je vous plains d'être en ce moment en France. Bien ne me paroît comparable à l'horreur d'un pareil séjour. Les nouvelles de Paris d'aujourd'hui ont apporté ici la consternation, et quoi qu'on en dise je n'ose me livrer à l'espérance de voir bientôt arriver le terme de nos maux. J'imagine que, quand vous aurez reçu ma lettre, l'Assemblée se sera enfin déterminée à rendre publique la déclaration de l'Empereur, par laquelle il lui annonce que, si le Roy n'est remis d'ici à huit jours en liberté, il entrera en France avec toutes ses forces. Il a expédié des courriers à toutes les cours, aussitôt qu'il a reçu la nouvelle de son arrestation, et il paroît certain que le roy de Prusse est extrêmement animé et décidé à le seconder très puissamment. M. de Galonné n'est pas encore revenu d'Angleterre ; on t'attend ces jours-ci à Bruxelles.

Je crois, ma chère petite, que je vais m'éloigner encore

1- lUne-ComUDce de Lamoignon avait épousé en 1788 François-Philibert Nompar, mariais de Caumonl-La-Force.

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