LA DUCHESSE DE SAULX-TAVANNES
d*ici à peu de temps. Maman a le projet d'un très grand voyage, ce qui me fait une peine extrême et comme je ne peux pas la suivre, je resterai à lYèves avec ma grand*mère '. Vous sentez combien cette séparation sera pénible pour moi, et doit ajouter à la tristesse du moment actuel.
J'ai vu beaucoup M"' de La Rochefoucauld à Bruxelles, où j*ai passé quelques jours, en allant et revenant de Hollande. Vous ne pouvez vous faire une idée de Textravagance des jeunes gens et des jeunes femmes qui sont à Bruxelles. 11 y en a deux, avec qui elle est très liée, qui viennent d avoir l'histoire la plus ridicule. Je voudrois bien que cela eût un peu diminué les liaisons. M™* de Caumont est à présent tout ce qu'il y a de plus merveilleux et de plus agréable. Son mari et son beau-frère tiennent le plus grand état. Ils donnent tous les soirs des soupers de jeunes gens où chacun a devant lui deux bouteilles de vin et une pipe. On fume, l'on s'enivre, car c'est à présent tout ce qu'il y a de plus à la mode, et le matin chacun des convives est obligé de se faire reporter chez lui. Ce genre de vie vous paroîtra peu fait pour des gens qui aspirent à être les réformateurs de l'Etat. M. de Léon vient d'avoir un petit dégoût. Il avoit fort intrigué pour commander les Bretons, dans le cas où, comme on en avoit le projet, on auroit formé des compagnies par province. Ceux-ci, qui sont en très grand nombre, n'ont pas voulu avec raison être commandés par un jeune homme de Tâge de M. de Léon et l'ont forcé de renoncer à ses prétentions. On est affligé de voir les François se priver parleur conduite légère et inconsidérée de l'intérêt que leurs malheurs sont faits pour inspirer.
Adieu, ma chère petite, n'imitez pas ma paresse et écrivez-moi bientôt. Je vous embrasse et vous aime bien tendrement.