Du même au même
{Ibid.. n» lOÎ.)
Paris, le U décembre 1790.
. . . D'après ce que vous me marquez. Monsieur, je vois que vos puissances judiciaires et administratives ne sont rien moins que dans la paix et la concordes, suivies du calme el de
1. L'équipage du vaisseau Le Léopard s' éitûi insurgé contre le eouTcmeorde S«iirt- Domingue, M. de Peynier,et avait appuyô TAssembléc provinciale de TOucstdanssa rérolte. Fuis lorsque cette Assemblée eut été dissoute, Le Léopard avait reçu à son bord 85 dépotés protestataires et avait quitté Saint-Domingue pour Brest le 8 août. L'arrivée drs L^ pardim, comme on appela les 85, causa à brest des scènes tumultueuses et acbera de mettre le désordre dans cette ville (Castonnet des Fosses, la Révolution de Saint-Dùmingue, 1893, in-12, p. 65-66).
3. Joseph-Anselme d'Outremont, avocat au parlement, dont Fougeret avait époosé la fille Anne-Françoise d'Outremont.
la tranquillité, prédites par le prophète Target ^ C'est une si excellente chose que la paix, qu'il est inconcevable comment on peut trouver autantd'êtres aimant le trouble et la confusion. Le grand nombre à la vérité étant pauvre n'a à gagner que dans ces temps d anarchie. D'ailleurs, lexemple de Paris est une contagion pour le reste du royaume. Vendredi dernier, à l'Opéra, il y a eu une allusion saisie avec transport en faveur de la Reine et des cris de Vive le Roy excessivement vifs, et dimanche la contre-partie a eu lieu. Le parti anti-royaliste plus nombreux a porté les choses jusqu'à forcer l'acteur à fouler aux pieds une couronne*. Voilà. ce qu'on disoit hier. D'après ces scènes, vous jugez que ceux qui ne sont pas cloués ici pour leurs affaires en sortiroient avec bien de l'empressement, s'ils le pouvoient. Gomme toutes ces bacchanales ne se font pas dans mon cabinet et que je n'en sors guère, je n'en ai été grâces à Dieu et n'en serai jamais témoin, à moins qu'ils ne me viennent chercher chez moi. C'est bien ce que je crains, ainsi que cent mille pères de famille.
Je sens bien qu'il est politique et nécessaire dans les circonstances actuelles de laisser paroître les charités que je fais, et par conséquent d'en faire en nature et au château. Elles étoient plus méritoires quand, sans être entachées de politique, elles se faisoient sans ostentation par le prieur et étoient presque inconnues. Au reste, il sera toujours distributeur d'une partie du bien que je pourrai faire et continuera les petites pensions en argent. Les curés sont en général ceux qui connoissent le mieux les besoins réels de leurs paroisses ; ils sont souvent les confidens de malheurs inconnus et plus touchans que ceux de la plupart des mendians qui ont par paresse et par ^oùt fait choix de cet état...
Je suis... FOUGBRBT.