Du même au même
(/6irf.,n»86.)
Paris, le Î5 avril 17dl.
L'argent, Monsieur, étoit ici, avant-hier, samedi, à 8 p. 100 pour les billets de iOO liv., et à 8 1/2 et 9 pour ceux de 600 et 1.000, c'est-à-dire que pour un assignat de 200 on ne touchoit en écus que 184, et, pour avoir de l'or pour des assignats, 25 louis coùtoient 56 livres. D'après cela, si vous avez d(* l'argent, soit à moi, soit à vous, ménagez-le bien, gardez-Io bien, et l'enfouissez même dans quelque endroit où il soit introuvable, et que vous seul et M"* Lecoy sachiez votn* secret. Voilà la situation où on est réduit. Tous ceux qui peuvent partir de Paris en décampent, dans la crainte de \i\
I. « Demièreoieot il a pri» fantaisie au bon peuple de porter des vcui et des mains prt» fanes sous les chastes jupes des sœurs de la Charité de la paroisse Saint-Rocb. Aujourahm du même goât, il s'est porté en foule aux dames Sainte-Marie et au eourent des Mira niiODoea. U étoit précMé d'une douzaine de dames de la place Maubert et du marchi- Saint-Antoine, portant des poi^j^nées de verges. Aux dames Sainte-Marie, une peaeionnain-. dit-on, a failli recevoir ce que toutes ces femmes regardent et doivent regarder comrif I affront le plus sanglant. Aux Miramionnes l'écbarpe municipale etla Garde nationale ont préservé les religieuses du honteux traitement (jne la gaieté populaire leur préparoit. Ces bonnes religieuses, qui n'aiment pas les innovations de la biéraJrebie religieuse, n'ont pa^ v'oolu reeonnoitre les nouveaux curés. Voilà la cause des visites si étrangement indécentes qu'elles re^vent ». {LAmi du Roi, n« du 8 avril 1791.)
398 M. FOUGERBT
guen*e civile et en même temps de l'irruption de toute l'Europe, que leurs préparatifs sur nos frontières semblent annoncer. Il n*y a d^unioii ni dans FAssemblée, ni dans les clubs, ni dans la Garde natkNude, ni même dans les motionnaires, qui tantôt veulent détruire la monardùe et anéantir la royauté, tantôt anéantir le club des Jacobins contre leqvel Inen des gens sont enragés. Les écrivailleurs ne cessent d'excîlcr les citoyens les uns contre les autres. On parle de transférer le Roy et l'Assemblée à Orléans. A l'Assemblée, on dénonce le nouveau Clergé comme persécuteur. Ceux qui ne veulent pas que l'Assemblée, qui seule à présent empoche Paris de mourir de misère, et en tient toujours le peuple et le petit bourgeob, s'en aille, disent qu'elle veut s'en aller pour tomber libremenl sur les rentiers, ce qu'elle n*ose faire à Paris. Pendant c< temps-là, et en dépit de la notoriété publique de la captivité du Roy démontrée en dernier lieu, comme le 8 octobre 1789, on vient d'écrire de la part du Roy aux ministres dans les différentes cours que c'étoit une calomnie atroce que de dire que le Roy n'étoit pas libre, etc*... En vertu de cette liberté, on lui a ôté tous ses officiers et gentilshommes et toute sa chapelle, et il a été contraint d'aller hier à sa paroisse.
D'après tout cela, qu'ont à faire les particuliers, sinon de se tenir le plus renfermés qu'ils peuvent, de vivre petitenient cl au jour le jour, de tâcher de dormir autant qu'ils peuvent, de prier le bon Dieu, et de cacher leur argent le plus qu'ils peuvent, s'ils en ont.
M. de La Fayette, qui ne vouloit plus commander la Garde,
attendu sa désobéissance et les insultes qu'elle lui a faites, ainsi
qu'au Roy, vient de se rendre à leur prière et de reprendre
peut-être moitié forcé, le commandement. Mais on ne veut
point punir les coupables. Voilà l'état de Paris...
Je suis... „
FocGaaET.
Paris, le 10 mai 1791.
... On parle tant. Monsieur, de l'Assemblée prochaine, de l'Assemblée qui, dit-on, veut faire place à une nouvelle légis-
1. Celle eircuUire fut enrojée à tous les agents français le It arril (A. SoreL Tfanvc
et la récolulion françaite, U II. p. 188).
lature, et par suite de nouvelles et redoutables assemblées primaires, secondaires, etc... de troubles actuels et futurs, et puis d'une coalition et invasion de toute l'Europe contre la pauvre et déplorable France, qu'on ne sait que penser, que croire des événemens que nous sommes dans le cas d'attendre, d'autant que toutes les nouvelles se croisent, se falsifient et se contrarient journellement. Dans ce conflit, dans ce cahos les particuliers tranquilles, ou par caractère, ou par principe et par raison, heurtés de tous les sens ne peuvent rien espérer que du temps. D'après cela, j'insiste pour ne rien mettre au hasard de la décision des juges que quand vous y serez forcé, et, dans ce cas, d'y mettre toute la lenteur et les retards qui dépendront de vous, tant en première instance, qu'en appel pour les affaires que, malgré le jugement du premier juge, vous estimeriez bonnes, enfin de profiter de tous les délais légalement possibles. Le bénéfice du temps est le seul à espérer pour tous gros propriétaires obligés de passer par les mains de juges aussi décidés que le nôtre à les sacrifier pour gagner le peuple et être maintenus dans leurs places...
J'approuve le sacrifice que vous avez fait pour vous procurer des espèces ; et comme, dans les circonstances menaçantes où nous nous trouvons, il peut être sage de diviser un peu le comptant que Ton peut avoir, je vous ferai passer par la première occasion les 2000 livres en assignats pour remplacer ceux que vous avez changés. Si dans le silence vous trouviez à vous procurer sans trop de perte des écus ou des louis, jusqu'à concurrence de trois ou quatre mille livres de plus, marquez-le moi, je vous ferois passer des assignats au fur et à mesure. Mais je ne vous demanderois pas de m'envoyer ces espèces ici, au moins de sitôt, et je préférerois de les avoir là-bas, où vous me les garderiez en lieu sûr pour le besoin, et, si vous pouviez, dans quelques caches ou coins connus de vous seul et de M"* Lecoy, même divisées pour plus de sûreté. Si c'est dans la terre, on fait un petit plan du terrain, et avec des lettres aux différentes stations, on retrouve tous les pots enterrés sans peine quand on veut les retirer. Surtout, jamais de cache dans les caves; en cas de pillage, c'est toujours l'endroit que Ton visite le premier.
Tout cela doit vous surprendre. Mais que voulez-vous que je vous dise ? S'il arrive seulement la moitié de tout ce que Ton assure, nous devons nous attendre à tout. Il est peut-être parti de Paris, depuis le lundi de la semaine sainte, 5 à 600 fa-
400 M. FOUGERKT
milles, et presque tout est passé chez Tétranger. Et cette émigration effrayante ne diminue pas ; cette fuite, qui a Tair d'être l'effet d'une terreur panique, est un mal qui se gagne. C'est peut-être là ce qui fait monter largent. Ce matin d'un assignai de 1.000 livres on avoit en écus 918 livres; pour les petits assignats, ils étoientà 7 i/2 ; et les louis, à 54 sols contre l'assignai et 8 sols contre l'écu. Tout ce détail pour vous seul... Je suis...
FOUGBRBT.