Du même au même
{Ibid., n» 83.) Au grand Gentilly, près Paris, le 6 Juin 1791.
11 paroît, Monsieur, d'après la nouvelle insulte que je viens d'essuyer à Château-Renard, que les insurrections sont probablement recommandées et payées par les clubs dans notre malheureux pays. Les bruits de guerre, qui se répandent plus que jamais, me font craindre plus que jamais des horreurs contre de bons et tranquilles particuliers qui ne les méritent pas et sont bien loin de désirer et encore plus, de provoquer des ennemis du dehors à une malheureuse patrie qui a au dedans d'elle autant de germes de trouble. Mais qu'y faire, que de s'armer de constance, de fermeté et en même temps (le résignation? Je vois souvent un brave capitaine des vaisseaux du Roy, qui vient d'être récompensé des blessures qu il a reçues au service de la patrie et de son Roy par le pillage absolu de son château, et la destruction de tous ses champs et de tous ses mûriers et oliviers par les brigands Avignonnois révoltés contre le Pape, leur souverain, et furieux d'avoir bouqué devant Garpcntras, où ils ont été frottés d'importance. Il rend grâces à Dieu d'avoir été lui et sa famille à Paris pendant ce temps-là et de ce que les brigands ont eu la bonté de ne pas renverser son château de fond en comble. Par la même raison, je dois, moi, me trouver très heureux de n'avoir éprouvé que les petits maux que l'on m a faits, et surtout de n'avoir pas été chez moi...
Vous avez bien fait, dès que les girouettes déplaisoient à ces messieurs, de les faire descendre. Quand cette épidémie sera passée, nous les remettrons. Nous en avons et à Paris et ici, où les paysans, enchantés d'avoir des bourgeois qui les font
travailler, se gardent bien de les tracasser et sont bien las des clubs de Jacobins, qui au reste perdent journellement à Paris...
Je suis...
FOUGBRET.
. (/6îrf.,ii»81.)
Au grand Gentilly, le 26 juin 1791.
... Vous imaginez bien que je me suis félicité bien fort d'être hors de Paris la semaine dont nous sortons. Le départ et le retour du Roy et de sa famille y ont mis bien de lagitation. Dès le mardi matin, à 10 heures, on ne pouvoit plus en sortir, et ma femme, qui y étoit allée le matin, a été obligée d'en sortir bien vite et à pied, et la voiture n'a pu rentrer que samedi ou hier. Nous avons été plusieurs jours à n'avoir de communications et de nouvelles que par les blanchisseuses. Au reste, Paris a été maintenu, et il ne s'y est commis aucun excès. L'on doit infiniment de reconnaissance et d'éloges à la garde nationale de cette ville, qui s'est conduite à ravir et qui doit être harassée de fatigue. 11 y a lieu d'espérer que l'exemple de Paris influera pour le calme sur les provinces, comme a été son exemple pour l'insurrection , et que les malheurs particuliers ne viendront pas encore accroître les maux généraux. Monsieur, frère du Roy, et Madame sont, dit-on, à Bruxelles ^ On ne dit point que personne de la famille royale soit malade.
... Pendant que je vous écrivois d'avance, je reçois votre lettre du 24 juin et j'y vois la commotion que les derniers événemens ont occasionnée dans notre pays. Je m'en méfiois. Au reste, si vous en êtes quitte pour de vaines menaces et des sottises, ce dont je suis persuadé, nous n'aurons eu, vous làbas et nous ici, que le sort qu'éprouvent sans exception tous les hommes qui portent des manchettes, dont l'habit n'a pas de pièces, et qui n'ont pas l'uniforme national, et toutes les fenmies qui ont une iontange ou un jupon garni, toutes les fois qu'on passe dans la rue d'une ville ou d'un village, où l'on n'entend autre chose qu'aristocrate et à la lanterne I U est
I. Partis ebacoQ de leur côlé, Monsieuk arriva à Mons, et Madamk à Tournai dans la nuit ^ SI juin (Lettre anonyme du 23 juin, aux Arcliires nationales, AA, 1, n* 9).
402 M. FOUGSUBT
vrai que partout ce sont les plus mauvais sujets qui tiennerii ces propos et qu'à force de se dire ils perdent de leur valeor. Je compte toujours sur l'exemple de Paris, où Ton a senti combien il étoit essentiel et pour la ville et pour le royaume d'entretenir le calme et une police non sur les paroles, mais sur les actions...
Je suis...
POUQKRBT.