‹ Lettres d'aristocratesChapitre 356 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

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Au grand Gentilly. le 11 juillet 1791.

J'ai reçu. Monsieur, votre lettre sans retard et, je crois, i effraction. Au reste, comme vous êtes sage et prudent, jai vos lettres ne seront de nature à compromettre ni voui ceux à qui vous les écrivez, et, comme il paroît que i sommes dans l'instant de la crise, quelle que soit sa façoi penser, il faut la tenir renfermée soigneusement, dès que n'est point obligé par état à la manifester. On parle d grande contrariété d'opinions dans l'Assemblée, de prote lions nouvelles signées à présent de plus de 300 membre

i. Cf. Tarrélé do département de Paris et celui du Conseil général de la CiMnmui Î2 juin 1791, dans Coassin et Heonet, la Volontaire* nationaux, 1899. iu-8*. p. 11-11.

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relatives à la situation du Roy*, de beaucoup de menaces faites à nos frontières et d'une ligue formidable. Ce mot fait tressaillir ! Mais on parle aussi de projets d'accommodement, et c'est bien le vœu de tous les cœurs droits. Une transaction est tout ce qu'on peut désirer. Chacun y perd de ses prétentions et même de ses droits, mais cela sauve un royaume. En attendant malheureusement, on pille, on ruine, on incendie, on massacre dans quelques provinces, et dans toutes on menace et l'injustice règne. Heureux ceux qui meurent et encore plus ceux qui sont morts il y a trois ans !

Le temps n'est pas beau pour la cérémonie de la pompe funèbre et des honneurs que l'on décerne aujourd'hui à Voltaire que l'on va déposer à Sainte-Geneviève, auprès de Mirabeau. Cela devoit être très beau, et surtout bien extraordinaire. Mais je suis peu curieux et je n'en reste pas moins ici avec tous les miens. J'entendrai assez les récits que l'on en fera. Seize des sections de Paris se sont vainement opposées à ces honneurs excessifs, religieux ou irréligieux, comme il vous plaira, mais à coup sûr très coûteux, rendus à un homme très spirituel sans doute, mais bien peu estimable pendant sa vie. On n'a point eu d'égard à leur pétition affichée d'ailleurs à tous les coins de rues ; et une fois placé à Sainte-Geneviève, il ne tiendra pas à messieurs les beaux esprits, ses adorateurs, que le peuple ne vienne à dire saint Voltaire. Peut-être aussi le mauvais temps d'aujourd'hui lui fera-t-il croire que Sainte- Geneviève ne veut pas de son nouvel hôte ; car le peuple croit tout et même les contraires à la fois. Ce que je crois bien fermement, c'est que nous sommes tous bien malheureux et qu'à cet océan de malheurs je ne vois point de bords. Nous voilà à la grâce de Dieu, et je n'ai d'espérance qu'en lui...

L'Assemblée se décide à ne point distribuer de petits assignats de 5 livres, de peur d'accaparement. Elle les envoie dans les provinces pour le payement du culte et autres dépenses locales. Ainsi, vous en verrez, mais quand, je n'en sais rien...

Je suis...

FOUGEIUIT.

1. Voir la Déclaration de S93 députée sur les décret* du 85 juin, qui suspendent Vexerciee de Vautorité royale et qui portent atteinte d V inviolabilité de la personne sacrée du Roi, 29 Juin -7 juillet 1791, dans les Arch, pari., i. XXVIII, p. 91-98. Cf. le décret du 15 juin, ibid., t. XXVII, p. 516-517. Ce décret fut conOrmé le 16 juillet. « L'effet du décret du 25 du mois dernier, qui suspend l'exercice des fonctions royales et des fonctkms du pouvoir eséculif enlre les mains du Roi, subsistera jusqu^au moment où. la Constitution (^laut achevée, l'acte conslilulionnel entier pourra 6trë présenté au Roi ■. (Décret du iC juillet, dans les Arch. pari., t. XXVIU, p. 377.)

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